LES UTILITAIRES ET JÉRÉMIE BENTIIAM.
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d’une vérité pour qu’à l’instant même elle devînt une règlede conduite. Une vie de quatre-vingt-cinq années put à peinele détromper de celte erreur et lui prouver que les abus nese détrônent pas ainsi. Comme tous les souverains illégi-times, ils ont une armée pour les défendre et élèvent d’au-tant plus la solde que le droit est plus douteux.
Cette préoccupation explique seule l’existence de Bent-ham , sa persévérance, son originalité, même son orgueil.Dignité et réputation , il subordonnait tout au bonheur dugenre humain. Quand il parle de lui-même avec une affec-tation naïve, c’est en vue du profit que les générations re-tireront de ses travaux. Il ne se regarde que comme uninstrument, et l’œuvre seule l’intéresse. Eût-il fallu, pourréaliser ses plans d’amélioration,monter sur les tréteaux ets’enluminer de rouge, il l’eût certainement fait. Il était d’untemps où parurent des amis sincères de l’humanité : Payne,Wilberforce , l’abbé Grégoire , Pestalozzi ; il fut l’un desmembresles plus éminents de cette tribu. Quand il énumèreses titres avec une sincérité qui amène le sourire sur les lé.vrès, ce n’est pas de Bentham le dialecticien , de Benthaml’écrivain, le penseur, qu’il entend parler, mais de Benthamqui a eu la chance de trouver un mécanisme propre à con-duire l’homme vers le bonheur. Son admiration est exclu-sivement absorbée par le but $ elle est, pour ainsi dire, im-personnelle. Aucun publiciste ne fut moins que lui avide dej popularité : sans Dumont, jamais peut-être ses travaux lesi plus importants n’auraient vu le jour. Le succès extérieur■ le touchait peu ; il ne sacrifia jamais à cette considération,: décisive pour tant d’écrivains. Tout ce qui constituait laj vanité vulgaire,le bruit, l’apparat, l’ovation publique,lui ré-pugnait, il ne recherchait la gloire que pour ses projets, etla vogue que pour scs idées. Un semblable orgueil est assez