198
ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
jourd’hui dominante. Ainsi, Bentham a eu plus de succèsqu’il ne le croyait, et dans une direction qui lui eût sembléfâcheuse. La lettre de ses ouvrages n’autorisait pas une sem-blable déviation, mais c’est l’esprit seul que l’on a consulté.Depuis les Fragments du gouvernement jusqu’au Caté-chisme de la réforme , en passant par les publications in-termédiaires comme la Défense de l'usure , la Déontologie ,la Chrestomathie, la Tactique des peines et des récompen-se. s, la Tactique des assemblées délibérantes ,les Sophismesparlementaires , l’Esquisse en faveur des pauvresse Traitéde législation civile et pénale , le Traité des preuves ju-diciaires , le Livre des mensonges , les divers plans de ré-forme pénitentiaire et un contingent énorme d’autres tra-vaux moins connus ; dans les écrits les plus graves commedans les plus légers, se retrouve celte pensée d’affaiblir laresponsabilité de l’homme au prolit de son bien-être, delui faire envisager le dévouement comme une déception, lesacrifice comme une duperie. Pour juger du mérite deschoses , la communauté et l’individu sont invités à en éva-luer le profit, profit moral ou matériel, peu importe. De làce système qui change l’existence en un perpétuel calcul,et supprime les passions pour n’en laisser subsister qu’uneseule, l’égoïsme.
Il n’est pas sans intérêt de développer ici la vue généralequi lie entre eux les divers ouvrages de Bentham, les animeet les inspire. Quelque sujet qu’il traite , jurisprudence ouéconomie politique, science du gouvernement ou réformepénitentiaire, la doctrine de l’utile domine toujours son es-prit et lui sert de flambeau. Voici en quoi elle consiste.D’après Bentham» la nature a placé l’homme sous l’empiredu plaisir,et de la douleur aucune de nos déterminationsne se dérobe à cette loi. Même quand l’individu fuit la vo-