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Celte division permet d’examiner ces utopies avec plus deméthode et de les mieux spécifier.
Les humanitaires qui relèvent de la politique sont tous,à un degré plus ou moins élevé, des continuateurs de l’abbéde Saint-Pierre et des apôtres de la paix perpétuelle. Iln’est donc pas sans intérêt de rappeler ici ce rêve d’unhomme de bien. L’excellent abbé, au moment où l’Europeétait en feu, méditait un pacte d’alliance entre les rois et unedièlesouveraineinstituée pour juger leurs griefs. Rien n’éga-lait la candeur avec laquelle il s’abandonnait à sa chimère.
« Je vais voir, disait-il, du moins eu idée , les hommes» s’unir et s’aimer ; je vais penser à une douce et paisible» société de frères, vivant dans une concorde éternelle, tous» conduits par les mêmes maximes, tous heureux du bon-» heur commun; et réalisant en moi-mème un tableau si» touchant, l’image d’une félicité qui n’est point m’en fera» goûter quelques instants une véritable. »
A quoi le cardinal Fleury, à qui l’abbé de Saint-Pierreavait envoyé son plan, répondait avec une ironie qui se res-sentait un peu des habitudes de la régence :
<■ Vos projets sont admirables, monsieur ; seulement vous» avez oublié un article préliminaire et que je crois essentiel •» c’est d’envoyer une troupe de missionnaires pour y disposer» l’esprit des princes. »
Rien de plus simple d’ailleurs que le projet de paix per-pétuelle. L’abbé de Saint-Pierre se demandait comment lemonde moderne n’était pas encore parvenu à constituer unesolidarité qu’avait réalisée, à l’aide de la conquête, le inondeantique; comment l’Europe, brillant théâtre des scienceset des arts, demeurait en proie à ce fléau que l’on nommela guerre ; comment, après tant de siècles d’expérience, onn’en était pas arrivé à comprendre que toute victoire s’expie,