HOBBES ET HARRINGTON.
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lard imaginer, mais c’était du moins un gouvernement, etdans l’état de crise où l’Europe se trouvait alors, entre l’em-brasement de l’Allemagne et les symptômes d’une révolu-tion en Angleterre, ce calme apparent de l’État vénitien, ladiscipline qui y régnait, la vigueur de scs lois, l’autorité deson aristocratie, formaient un contraste plein d’intérêt etune exception qu’il était impossible d’envisager avec indif-férence. A Florence, Harrington trouva les souvenirs, ré-cents encore, du prince des politiques, de Machiavel. Il re-cueillit ses traditions et s’y procura ses livres. Cependant,quelque impression que la lecture de tels écrits eut laisséedans la pensée du jeune philosophe, ce n’est pas le nom deMachiavel qui se trouve en tète de son grand ouvrage, maiscelui de l'historien de la république de Venise, Giannotti,publiciste moins téméraire et aussi bien plus obscur, quisupplanta l’auteur du Prince dans la place de secrétaire del’Étal de Florence, et fut ainsi la cause d’un échec d’amour-propre auquel Machiavel fut, dit-on, sensible jusqu’à enmourir. En plaçant Giannotti au-dessus de Machiavel, Har-rington continuait l’outrage, et faisait peser sur sa mémoireune nouvelle humiliation. A Rome, notre voyageur trouvaun admirable théâtre pour des recherches en tout genre, ety enrichit ses collections d’un butin précieux. C’est à sonséjour dans cette ville que se rattache une anecdote qui aété souvent racontée. Harrington avait obtenu une audiencedu saint-père, il s’y rendit : mais quand le pape, suivantl’usage, lui présenta sa mule à baiser, l’Anglais se refusa àce singulier honneur. Plus tard, le bruit de ce petit scan-dale arriva jusqu’en Angleterre, et des amis officieux eninformèrent Charles I er . Harrington était alors bienencour^cl, même avant son départ pour le continent,, il avait étéadmis au baise mnindu roi, selon l’étiquette anglaise. Quand