HOBBES ET HARRINGTON.
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forme rien d’hostile contre le gouvernement de mon père?—C’est un roman politique, madame, répondit Harring-j ton; il sera dédié au Protecteur, et le premier exemplairesera pour vous : vous en jugerez. »
Lady Claypole comprit qu’un roman ne pouvait guère^ renfermer de trahisons, et elle obtint de Cromwell qu’il exa-: minerait lui-même le livre. Le Protecteur s’y prêta donc, et,avec son regard prompt et sûr, il vit qu’il avait affaire à unrêveur. Quoique le personnage de lord Archon de YOceanaput s’appliquer parfaitement à lui, et, eut été conçu danscette intention, il voulut affecter quelque grandeur,et, ren-voyant le volume à l’auteur, il dit « qu’il avait reçu son» épée de Dieu, et qu’il ne désarmerait pas devant un» petit morceau de papier;» puis, fidèle à sa politique sen-tencieuse et hypocrite, il ajouta, « que, pas plus que l’au-» leur, il n’approuvait le gouvernement d’une seule pér-il sonne ; mais qu'il avait été forcé par les circonstances à» s’investir de la fonction de haut constable, pour faire» régner entre les partis une paix que jamais ils n’auraient» obtenue livrés à eux-mêmes. »
Ce fut ainsi que YOceana échappa aux animosités destêtes rondes. L’époque où ce livre fut publié était encorepleine des illusions qu’avait fait naître le mot de répu-blique ; mais pourtant un sentiment de réaction vaguecommençait à s’emparer des opinions. La misère était plusgrande qu’en aucun temps, et les souvenirs qu’avait laissésla monarchie déchue n’étaient pas sans danger pour le ré-gime nouveau;il ne pouvait soutenir la comparaison qu’avecun grand désavantage. Harrington compare familièrementl’état inquiet des esprits à cette époque à celui d’une com-pagnie de petits chiens qu’on entasse dans un sac , et qui,s'y sentant mal à l’aise, se mordent les jambes les uns les