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ÉTUDES SUB LES RÉFORMATEURS.
meut le mystérieux pouvoir de l’aristocratie vénitienne,qu’il considère comme ° une république ne portant dans» son sein aucun germe de dissolution. » Il insiste sur leroulement des membres du sénat et sur les procédés d’unpouvoir mystérieux et sans appel. Ce gouvernement, à encroire Harrington, devait être éternel, et la preuve de cetteéternité pouvait se déduire de dix siècles d’existence paisible.Hélas! combien sont fragiles les opinions spéculatives! Unseul jour de trahison suffit pour renverser ce que Harringtonregardait comme inébranlable ; un seul jour consomma lachute de celte république de Venise, avec ses scrutins et sonroulement, avec son horrible et ténébreuse dictature, avec ceconclave souterrain où siégeait le conseil des Dix, aussi im-placable, aussi puissant que le ciseau des Parques. O folied’un sage, qui sacrifie la vérité aux besoin de sa fiction!Quoi ! le défenseur d’un régime libre, l’homme qui appuieson œuvre sur la souveraineté du peuple, se fait l’apologistede la tyrannie la plus raffinée qui ait jamais pris place sousle soleil! Certes, si Harrington vivait encore, il aurait, pourl'honneur de ses prévisions, bien des pages à supprimerdans le volume de YOceana.
De son vivant même, il put assister à divers démentis queles faits lui donnèrent. Ainsi, après avoir établi que l’équi-libre dans le pouvoir dépend de l’équilibre dans la propriété,il applique son principe au temps où il vit, et il déclareque désormais aucune institution monarchique ne pourrase naturaliser dans l’Angleterre républicaine. La propriétéavait changé de mains ; elle ne devait plus retourner dansles mains anciennes. Sur ce terrain, un nouveau mécompteattendait Harrington. Quatre ans après la publication deYOceana , et quoique le Rotaclub remplît encore le mondede ses clartés, la république céda la place à la monarchie