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ÉTUDES Sun LES IlÉFOnîUTEUnS.
Harrington avait conservé des relations avec d’anciensamis, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de républicains,entre autres le major Wildman et divers membre du longparlement. Ces relations, on le devine bien, avaient étéfugitives et toutes conformes à l’ordre de pensées qui ani-mait Harrington. Cependant on ne craignit pas de l’enve-lopper dans un complot puéril et insoutenable, au dire duchancelier lui-meme. Les prévenus s’étaient rassemblésplusieurs fois, mais rien ne prouvait qu’il y eût rien de ré-préhensible dans leurs réunions et de coupable dans leurconcert. Assurément Harrington n’était pas un conspirateur.Tout au plus pouvait-il passer pour un rêveur politique, clc’était à ce litre que la persécution l’atteignit. Il comparutdonc devant lord Lauderdalc et subit plusieurs interroga-toires, dont il envoya des copies à sa sœur. Rien n’est pluscurieux que ces dialogues, où les rôles semblent intervertiset dans lesquels le prévenu fait la leçon au juge. En voiciun passage singulier. C’est Harrington qui parle : « Vousm’accusez, milord, dit-il au chancelier, de professer ouver-tement des principes hostiles au gouvernement du roi etaux lois du pays. On prétend qu’en ma qualité d'hommeprivé je n’avais aucun droit de m’immiscer dans les pro-blèmes politiques et d’agiter les questions de gouvernement.Milord, il n’y a pas de fonctionnaire public ni de magistratqui, jusqu’à ce jour, ait écrit, en matière politique, uneseule ligne qui vaille quelque chose. Tous ceux qui ont ex-cellé à traiter ces sujets ont été des hommes privés commeje le suis. Il y a Platon, il y a Aristote, il y a Tite-Live, ily a Machiavel. Milord, je puis résumer ici en peu de motsla politique d’Aristote. Il nomme une monarchie barbarecelle où le peuple ne concourt pas à la confection des lois;il nomme une noble et grande monarchie celle où le peuple