292
ÉTUDES SUR LES RÉFORMATEURS.
les ambitions, de pâture à toutes les tyrannies. Toujours et partout,on berça les hommes de belles paroles : jamais et nulle part, ils n'ontobtenu la chose avec le mot. De temps immémorial, on nous répèteavec hypocrisie : Les hommes sont égaux; et de temps immémorial laplus avilissante comme la plus monstrueuse inégalité pèse insolem-ment sur le genre humain. Depuis qu'il y a des sociétés civiles, leplus bel apanage de l'homme est sans contradiction reconnu, mais iln’a pu encore se réaliser une seule fois; l’égalité ne fut donc qu’unebelle et stérile fiction de la loi Aujourd’hui qu'elle est réclamée d’unevoix plus forte, on nous répond : Taisez-vous, misérables! L'égalité defait n’est qu'une chimère ; contentez-vous de l’égalité conditionnelle :vous êtes tous égaux devant la loi. Canaille, que te faut-il de plus? Cequ’il nous faut de plus ? Législateurs, gouvernants, riches proprié-taires, écoutez à votre tour.
Nous sommes tous égaux, n'est-ce pas ? Ce principe demeure incon-testé, parce, que, à moins d’être atteint de folie, on ne saurait dire sé-rieusement qu'il fait nuit quand il fait jour.
Eh bien ! nous prétendons désormais vivre et mourir égaux commenous sommes nés ; nous voulons l’égalité réelle ou la mort : voilà eequ'il nous faut.
Et nous l’aurons, l’égalité réelle, n’importe à quel prix. Malheur àceux que nous rencontrerons entre elle et nous ! Malheur à qui feraitrésistance à un vœu aussi prononcé !
La révolution française n’est que l’avant-courière d’une autre révo-lution bien plus grande, bien plus solennelle, et qui sera la der-nière.
Le peuple a marché sur le corps aux rois et aux prêtres coaliséscontre lui ; il en sera de même aux nouveaux tyrans, aux nouveauxtartufes politiques, assis à la place des anciens.
Ce qu'il nous faut de plus que l’égalité des droits?
li nous faut non pas seulement cette égalité transcrite dans la Dé-claration des droits de l’homme et du citoyen, nous la voulons aumilieu de nous, sous le toit do nos maisons. Nous consentons à toutpour elle, à faire table rase pour nous en tenir à elle «ente. Périssent,S’il le faut, tous les arts, pourvu qu’il nous reste l’égalité réelle !
Législateurs et gouvernants qui n’avez pas plus de génie que debonne foi, propriétaires riches et sans entrailles, en vain essayez-éousde neutraliser cette sainte entreprise, en disant : lis ne font que repro-duire cette loi agraire demandée plus d’une fois avant eux.
Calomniateurs, taisez-vous à votre tour, et, dans le silence de laconfusion, écoutez nos prétentions, dictées par la nature et basées surla justice.