CORRESPONDANCE GÉNÉRALE. 3oy
fiance dont Votre Majesté m’a honoré. Je ne puis en-core lui proposer qu’un seul sujet qui pourrait rem-placer M. Thiébault dans l’Académie, et donner desleçons de grammaire. C’est M. Dupuis(i); il est pro-fesseur depuis longtemps dans l’université de Paris.Sa conduite et son amour pour le travail lui ont mé-rité l’estime générale ; mais son goût dominant pourl’érudition l’a conduit à entreprendre un grand ou-vrage sur les théogonies anciennes , sur l’origine desconstellations, et il ne peut continuer ce travail etle publier sans offenser des gens qui ont encore iciquelque crédit. Ce n’est pas qu’il veuille attaquer di-rectement les choses établies; mais les conséquencesqui résultent de ces discussions ne peuvent pas tou-jours se concilier avec les idées communes. Il n’a pumême, en voilant ces conséquences au hasard d’af-faiblir le mérite de son travail, éviter de déplaire àune partie des membres de notre Académie de belles-lettres , qui ont voulu l’engager à faire sa professionde foi sur l’antiquité du monde. Dans cette positioncruelle pour un homme sage, mais honnête et ferme,il accepterait avec reconnaissance une place dansvotre académie et une chaire dans votre école mi-litaire. Un seul obstacle l’arrête : il serait dans dix-huit mois ce qu’on appelle émérite, et aurait une re-
(i) L’auteur de l’Origine des cultes (i794)-« Condorcet le proposa au grand Frédéric pour la chaire« de littérature au collège de Berlin, en remplacement de« M. Thiébault, qui avait donné sa démission. » ( Biogr. unie.,art. Dupuis.) La mort de Frédéric (17 août 1786) rompit l’enga-gement de Dupuis et supprima son voyage.
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