182 ÉLOGE DE M. DE LA CONDAMINE.
de plusieurs créoles. De toutes les nations de l’Eu-rope, l’espagnole est celle qui a conservé le pluslongtemps le goût de l’héroïsme ; et M. de la Conda-mine lui montrait un héros d’une espèce nouvelle,qui déployait, pour éclairer et perfectionner le genrehumain, une intrépidité qu’on n’a presque jamaisemployée que pour l’asservir ou l’exterminer.
Pendant le séjour deM. de la Condamine au Pé-rou , ce malheureux pays fut exposé à deux fléauxde plus, la guerre et l’éruption d’un nouveau volcan.
Un événement de cette guerre montra à M. de laCondamine que dans cette carrière la gloire dépendbien souvent du succès, et le succès du hasard. Ungénéral espagnol attendait dans la mer du Sud, etprès de l’île de Fernandez, l’escadre de l’amiral Anson.Las d’une longue croisière qui devenait périlleusepour son escadre, il la ramène dans les ports duPérou. Deux jours après, Anson arrive : ses vaisseauxn’étaient chargés que de mourants; ils relâchent àl’île de Fernandez ; on y trouve des vivres ; les ma-lades se rétablissent; et l’amiral anglais, à peineéchappé au scorbut et à la faim, court piller et brû-ler Païta. Il faut bien le regarder comme un grandhomme; mais deux jours plus tôt, Anson, horsd’état de se défendre, serait tombé au pouvoir desEspagnols : il n’aurait été qu’un téméraire; et le gé-néral espagnol, qui mourut de douleur de ne l’avoirpas attendu, aurait été un héros.
L’éruption du volcan de Cotopaxi fut presqueaussi funeste que la guerre : cette montagne n’avaitpoint jeté de flammes depuis deux siècles , lorsqu’en