ÉLOGE DE M. DE LA CONDAMINE. 190
cette dispute, M. de la Condamine n’avait cessé dela défendre par des raisonnements, par des faits, etmême par des plaisanteries : c’est partout l’arme laplus sûre, et même dans les pays où l’on ne parlepoint au peuple assemblé, la seule qu’on puisseemployer avec succès contre les opinions populaires.Très-peu d’hommes sont en état de suivre les preuvesd’une vérité; mais tous rejettent une opinion quiest devenue un ridicule. Cette disposition d’espritn’est point particulière aux Français. Chaque nationa ses plaisanteries, bonnes ou mauvaises, tristes ougaies, dont ceux qui veulent dominer les opinionsfont un usage également heureux.
M. de la Condamine vécut assez pour jouir dutriomphe de l’inoculation pratiquée en Angleterre,en France, en Allemagne, dans le Nord, en Suisse,en Hollande, en Italie. L’Europe entière retentissaitdes succès des inoculateurs : les rois, en se soumet-tant à l’inoculation , avaient entraîné une foule departiculiers; et ses adversaires n’osaient plus l’appe-ler absurde ou impie. Ce n’était plus à la voix de laraison que l’on cédait, mais à celle de l’exemple, quimalheureusement est faite pour être entendue parun plus grand nombre d’hommes.
M. de la Condamine eut même la consolation devoir sa famille donner cet exemple dans la province,exposant sans cesse au public les succès de l’inocu-lation, et lui en préparant de nouveaux; parlanttoujours avec une candeur qui persuadait, avec unechaleur qu’il devait à une conviction intime, et nelaissant jamais au public le temps d’oublier l’inocu-