200 ÉLOGE DE M. DF LA COIN DAMIINL.
droits, elle croit que, dans une constitution telleque la sienne, plus on multiplie les fonctions dugouvernement, plus la liberté est en danger.
Peu de temps après son retour d’Angleterre, M. dela Condamine fut attaqué d’une insensibilité presquetotale dans les extrémités. Il sentit alors que le tempsdu travail était passé, et qu’il ne devait plus songerqu’à dérober à l’ennui ce qui lui restait encore detemps à vivre et à souffrir. Le talent de la poésie,qu’il avait négligé depuis son enfance, devint alors saressource. Il réussit souvent dans les petites piècesoù il ne faut que de l’esprit, du naturel et des tour-nures piquantes. L’art d’écrire en vers est le fruitd’une longue étude, à moins que le génie n’y sup-plée : il n’est donc jamais le partage de ceux pourqui la poésie n’est qu’un délassement, mais seule-ment du petit nombre d’hommes dont elle est la pre-mière occupation ou le premier plaisir. Cependanton lira toujours les vers de M. de la Condamine,sur l’inoculation, et ses chansons sur des infirmitésdont lui seul pouvait avoir le courage de plaisanter.Quoique incapable, par sa situation, de rien fairepour les sciences, il aimait à s’occuper de ce que lesautres faisaient pour elles. Lorsqu’il ne fut plus enétat de venir à l’Académie, il voulut du moins enparcourir les registres, et lire ceux des mémoiresdont l’objet lui paraissait intéressant : il essaya mêmede rendre utiles au public ces mêmes maladiesqui l’empêchaient de le servir d’une autre manière :il proposa un prix sur la nature de l’espèce de pa-ralysie dont il était attaqué. L’Académie de Berlin