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Tome deuxième.
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ÉLOGE DE M. DE LINNÉ.

35 I

Elle fut heureuse jusqu’à soixante ans; sa santé nefut altérée avant cette époque que par une violenteattaque de goutte, dont il prévint les retours par l’u-sage des fraises. Il avait fait un mariage heureux quilui a donné trois filles et un fils digne de lui succé-der. Il passa des jours tranquilles, glorieux, occupés,au milieu de ses disciples, qui étaient ses amis, jouis-sant de sa gloire, que chaque jour il augmentait en-core, de la reconnaissance de son pays, et de cetteconsidération publique que la célébrité et le talentne peuvent donner, à moins qu’ils ne soient unis àun caractère qui force l’envie au respect. Sensibleavec ses amis, aimable et gai dans la société intime;noble avec les grands, simple et bon avec ses infé-rieurs, on ne le vit jamais acheter par des bassessesle droit de faire éprouver des hauteurs, d’autantmoins jaloux d’affecter une supériorité précairequ’il était plus sûr d’en avoir une réelle. Riche desbienfaits de la cour, il ne quitta jamais cette simpli-cité de vie dont on ne peut s’écarter sans en êtrepuni par le ridicule et par l’ennui.

Il employa pour sa nation ce qu’il avait reçu d’elle :son seul luxe était un muséum immense; monumentglorieux pour la Suède, puisqu’il était la collectiondes tributs que les naturalistes du Nord avaientconsacrés à celui que, d’une voix unanime, ilsavaient nommé leur chef et leur maître.

Frappé, au mois d’août 1776, d’une apoplexie quidétruisit ses forces, affaiblit sa mémoire, et le con-duisit au tombeau, par un dépérissement lent et in-sensible, ce muséum était encore sa consolation ;