Band 
Tome deuxième.
Seite
352
JPEG-Download
 

35a

ÉLOGE DE M. DE LINNÉ.

chaque jour, la reconnaissance de ses disciples luiprésentait de nouvelles merveilles produites par lanature, aux extrémités du globe : on eût cru voirdes enfants occupés de consoler les derniers joursd'un père chéri. Devenu enfin incapable d’agir et depenser, il goûtait encore quelque plaisir en parcou-rant de ses yeux éteints, les plantes nouvelles queson disciple Thunberg venait de lui envoyer des ex-trémités de l’Asie.

Très-peu de temps après son attaque d’apoplexie,il dressa lui-même une courte notice de sa vie, et ilvoulut qu’elle fût envoyée à l’Académie, pour servirde matériaux à son éloge. C’est avec une égale sim-plicité qu’il y parle de ses travaux, de ses décou-vertes, ou qu’il convient de ses défauts. Il avouequ’il fut peut-être trop facile à s’émouvoir, ou à s’ir-riter; que, lent à embrasser une opinion, il tenaitpeut-être avec trop d’opiniâtreté à celles qu’il avaitune fois adoptées; qu’il ne souffrit avec assez de mo-dération, ni les critiques qui s’élevèrent contre lui,ni les contradictions qu’il éprouva de la part de sesrivaux. Ces aveux prouvent seulement que M. deLinné eut pour la gloire une passion véritable, etque cette passion a, comme toutes les autres, sesexcès et ses faiblesses : mais combien peu d’hommesont comme lui le courage d’avouer ces faiblesses,et surtout le courage plus rare d’en souffrir seuls eten secret? Car, en jugeant M. de Linné d’aprèssa conduite, personne ne l’eût soupçonné de ces dé-fauts; et pour qu’ils fussent connus, il a fallu qu’illes révélât.