Band 
Tome deuxième.
Seite
363
JPEG-Download
 

ELOGE DK M. DE JUSSIEU.

363

état horrible ne dura qu’un jour; mais qui peut ap-précier la longue et terrible durée d’un tel jour?

C’est à travers tant de fatigues et de dangers queM. de Jussieu parvint à un pays fertile, riche enplantes jusqu’alors ignorées de l’Europe; mais àpeine les a-t-il recueillies, qu’il se livre à de nou-veaux dangers : il marche au milieu des précipicesdans un pays inhabité, où il découvre les restes im-menses des forteresses que les Incas opposaient auxincursions des sauvages. Ces vastes contrées étaientdevenues désertes; placées près du Paraguay, toutecommunication leur était interdite avec ce pays, oùl’on croyait alors que les jésuites avaient fondé unempire, et où ils n’avaient réellement établi que descouvents et des comptoirs : de là il passe à la pro-vince de Losmoxos, traversant des pays marécageuxet brûlants, dévoré par le soleil, et plongé dans lafange jusqu’aux genoux, vivant de millet et de maïs,forcé de passer la nuit sur les arbres, et d’abandon-ner la terre aux reptiles : enfin, après avoir vu toutce que les provinces éloignées des côtes pouvaientlui offrir d’objets nouveaux, il se retrouva, en lySv,au Potosi.

La plus grande partie des découvertes faites dansces voyages est perdue pour nous; nous ne pouvonsen présenter que quelques fragments, bien propresà augmenter nos regrets.

M. de Jussieu décrivit l’espèce de cannelle quicroît sur les montagnes du pays de los Canelos ; ilramassa dans une des vallées des Cordillères l’hé-liotrope odorant, et la pervenche, naturalisée depuis