Band 
Tome deuxième.
Seite
399
JPEG-Download
 

ÉLOGE DE M. LIEUTAUD.

3 99

d’un solitaire; tel fut M. Lieutaud : revenu de la pre-mière surprise qu’un changement inattendu luiavait causée, il aperçut bientôt que la cour d’ungrand monarque est un des endroits où un hommelivré à l’étude peut vivre le plus isolé et le plus libre :les courtisans ne quitteront point les affaires quiles occupent pour troubler le loisir d’un physicien.Dans les gouvernements absolus, où les moeurs sontféroces, c’est surtout sous les yeux du despote, etautour de son palais , que s’exerce un pouvoir sansbornes, que rien n’arrête, et auquel rien ne peutsoustraire : au contraire, dans les gouvernements oùles moeurs sont douces (si l’on en excepte les sacri-fices qu’exigent les passions favorites du prince) rc’est loin de la cour que le joug s’appesantit, c’estsur le citoyen faible et sans appui, dont l’éloigne-ment ne laisse point entendre les cris : mais l’hommequi ne veut qu’exister seul et libre a toujours, lors-qu’il est auprès du prince, assez de crédit pour sedéfendre de l’oppression.

M. Lieutaud donnait à l’étude tout le temps queses devoirs lui laissaient ; il cultiva les sciences dansson nouveau séjour, comme il les avait cultivées danssa patrie; il demeurait à Versailles, mais il ne vivaitpas à la cour.

Pendant son séjour à Aix, M. Lieutaud avait en-voyé à l’Académie plusieurs observations anatomi-ques; il avait choisi, parmi les faits que ses nom-breuses dissections lui offraient, ceux dont le résultatpouvait intéresser les physiciens et les philosophes,en même temps que les médecins. Telle est l’obser-