ÉLOGE DE M. TRONCHIN.
5 IO
propre , pour ne s’occuper que de leur salut, qu’ilpréférait au maintien des lois de la médecine et mêmeà la gloire du médecin : s’il ne désarma point lahaine de ses ennemis, il sut du moins la fatiguer etla réduire au silence.
Il s’était rendu cher à ses malades par l’art aveclequel il savait donner aux fonctions de son étatl’apparence et le charme des soins de l’amitié; parune attention scrupuleuse à leur épargner toutesouffrance, tout dégoût inutile, à s’occuper de leursdouleurs comme de leur danger. Enfin , la diffé-rence entre la médecine de M. Tronchin et celle deses confrères, était encore une des causes de l’atta-chement qu’on avait pour lui ; on croyait impossiblede le remplacer. Nous ne parlerions pas de cettedernière raison, si nous n’en avions cité de meil-leures ; car ce motif peut agir en faveur des charla-tans comme du médecin le plus habile; c’est mêmeun de ceux qui nourrissent le plus l’enthousiasmede leurs partisans, et un des moyens qu’ils saventemployer avec le plus d’adresse.
Ainsi, M. Tronchin s’était fait de véritables amisde la plupart de ses malades : cependant il conser-vait avec eux un ton imposant qui lui était naturel;mais ce ton même augmentait leur confiance. Quel-que habile que soit un médecin , s’il parle beaucoupsur les maladies qu’il traite, il est impossible qu’ilne lui échappe des contradictions, des raisonne-ments vagues, souvent même des erreurs, et queces erreurs ne soient remarquées. Les médecins,comme les législateurs, ne doivent rendre compte