ÉLOGE DE M. BERNOULLI.
547
porter à son père : il s’attendait à des applaudisse-ments : Ne devais-tu pas l’avoir résolu sur-le-champ ,fut toute la réponse qu’il reçut. Cette réponse, leton, le geste qui l’accompagnaient, consternèrentle jeune homme, et jamais le souvenir de ce premierchagrin ne s’est effacé de sa mémoire. Enfin, l’ins-tinct naturel qui entraînait M. Daniel Bernoulli, l’em-porta sur les projets de ses parents, et sa familleobtint, malgré elle, l’honneur unique jusqu’ici,nous ne disons point dans l’histoire des sciences ,mais dans les annales du monde, de produire troisgrands hommes en deux seules générations. Sans lamort prématurée du frère de M. Daniel Bernoulli,le prodige eût été plus étonnant encore, et l’Europeeût compté deux fois de suite deux frères du nomde Bernouilli parmi ces génies du premier ordre,entre lesquels la génération qui jouit de leurs tra-vaux partage son admiration , en laissant à la pos-térité seule le droit de marquer leur rang.
La vie de M. Bernoulli nous fournira peu d’événe-ments : il passa quelques années en Italie, oû il allapour se former dans les sciences médicales , sousMichelotti et Morgagni, mais où il ne s’occupa quede mathématiques , et il en partit comblé d’hon-neurs littéraires, après avoir refusé, à vingt-quatreans, la présidence d’une académie que la républiquede Gênes se proposait d’établir. L’année suivante ,il fut appelé à Pétersbourg avec Nicolas son frère,qu’il y perdit au bout de huit mois. Quoiqu’il jouît,dans cette académie naissante, d’une fortune au-dessus de ses désirs, il tournait sans cesse ses regards