ÉLOGE DE M. DE MONTIGNI. Ô87
pareil, que de se sauver seul. Arrivés en France,tous deux entrèrent au service; mais M. Holker vitbientôt que si le zèle pour son prince avait fait delui un soldat, la nature l’avait formé pour d’autresoccupations : il fit proposer à M. Trudaine de l’em-ployer à établir en France quelques branches d’in-dustrie que l’Angleterre possédait seule; à en per-fectionner d’autres où la France avait une inférioritéqui l’excluait de la concurrence. C'était se venger dela patrie qui l’avait proscrit en servant celle qui l’a-vait adopté, ou plutôt en servant l’humanité en-tière; car tout secret dans les arts, arraché à la po-litique fausse et mercantile d’un pays, est dans laréalité un service rendu à toute l’espèce humaine.
M. Holker ne savait pas le français, et M. Tru-daine ignorait la langue anglaise; il chargea M. deMontigni d’examiner ces projets, dont il sentaittoute l’utilité et toute l’importance. Nous n’entre-rons point ici dans le détail de tous les travaux queM. de Montigni fut obligé défaire, et pour s’instruiredes vues de M. Holker, et pour en suivre l’exécu-tion lorsqu’elles furent adoptées. Nous nous borne-rons à dire qu’on doit à leurs travaux réunis, nosmanufactures de draps et de velours de coton; l’u-sage des cylindres pour calandrer les étoffes ; unemeilleure méthode de leur donner l’apprèt auquelelles doivent leur lustre; la perfection actuelle denos quincailleries et de nos fabriques de gaze; en-fin l’établissement des machines à carder et à filerles cotons et les laines; machines utiles pour l’éco-nomie du travail et de la dépense, comme pour les