ÉLOGE DE M. MARGRAAF. 607
doutes sur la vérité à laquelle il est conduit : sesrésultats ont une précision qui n’était pas connueavant lui, et qui depuis n’a été surpassée que parM. Bergman et par un chimiste français que sa mo-destie ne me permettrait pas de nommer ici. Maison chercherait vainement, dans les mémoires deM. Margraaf, ces idées, ces vues que d’autres sa-vants se plaisent à prodiguer dans les leurs, et quisouvent leur font plus d’admirateurs, ou plutôt d’en-thousiastes, qu’ils n’en auraient obtenu par de véri-tables découvertes : un lecteur superficiel pourraitmême croire que M. Margraaf n’était qu’un obser-vateur exact et laborieux ; mais en suivant ses pro-cédés et ses méthodes, on voit que, plus fécond envues et en idées que les inventeurs des plus brillantssystèmes, il s’était fait une loi d’attendre, pour lesexposer au public, qu’elles eussent été vérifiées parle succès, et de se borner à dire ce qu’il savait, etnon ce qu’il avait soupçonné; ce qu’il avait trouvé,et non ce qu’il se proposait d’examiner. Cette mé-thode de traiter les sciences est celle d’un véritableami de la vérité, qui la cherche pour elle-même, etqui l’aime pour le plaisir de la trouver ou de laconnaître.
Dans un temps où l’orgueil ne rougit même plusd’avouer le culte servile qu’il rend à l’opinion , peut-être n’est-il pas inutile d’observer qu’il est encorequelques hommes qui n’ont pas fléchi le genoudevant cette idole, et qui n’ont pas cru que les juge-ments d’autrui dussent être le seul mobile de leurstravaux, le seul prix de leurs efforts. Comme ces