VIE DE VOLTAIRE.
69
tion ; il n’aurait pu faire paraître aucun ouvrage sansêtre sûr que la malignité y chercherait un prétextepour l’accuser d’impiété, ou le rendre odieux au gou-vernement. Madame de Pompadour avait oublie leurancienne liaison, dans une place ou elle ne voulaitplus que des esclaves. Elle ne lui pardonnait pointde n’avoir pas souffert, avec assez de patience, lespréférences accordées à Crébillon. Louis XV avaitpour Voltaire une sorte d’éloignement. Il avait flattéce prince plus qu’il ne convenait à sa propre g oiie,mais l’habitude rend les rois presque insensibles a aflatterie publique. La seule qui les séduise est la flat-terie adroite des courtisans, qui, s’exerçant sur lespetites choses, se répète tous les jours et sait choi-sir ses moments-, qui consiste moins dans des louan-ges directes que dans une adroite approbation despassions, des goûts, des actions, des discours duprince. Un demi-mot, un signe , une maxime géné-rale qui les rassure sur leurs faiblesses ou sur leursfautes, font plus d’effet que les vers les plus dignesde la postérité. Les louanges des hommes de géniene touchent que les rois qui aiment véritablement lagloire.
On prétend que Voltaire s’étant approché deLouis XY après la représentation du Temple de laGloire , où Trajan, donnant la paix au monde aprèsses victoires, reçoit la couronne refusée aux conqué-rants, et reservee à un héros ami de l’humanité, etlui ayant dit, Trajan est-il content? le roi fut moinsflatté du parallèle que blessé de la familiarité.
M. d’Argenson n’avait pas voulu prêter à Voltaire