5a
VIE DE VOLTAIRE.
obstacles que les courtisans et le ministre prépondé-rant opposaient à toute grande réforme dans l’ad-ministration, à toute économie importante, il nepouvait diminuer les impôts, et il voulut du moinssoulager le peuple et dédommager les propriétaires ,en leur rendant les droits dont un régime oppres-seur les avait privés.
Les corvées, qui portaient la désolation dans lescampagnes, qui forçaient le pauvre à travailler sanssalaire, et enlevaient à l’agriculture les chevaux dulaboureur, furent changées en un impôt payé par lesseuls propriétaires. Dans toutes les villes, de ridiculescorporations faisaient acheter à une partie de leurshabitants le droit de travailler ; ceux qui subsistaientpar leur industrie ou par le commerce étaient obli-gés de vivre sous la servitude d’un certain nombrede privilégiés, ou de leur payer un tribut. Cette ins-titution absurde disparut, et le droit de faire unusage libre de leurs bras ou de leur temps fut restituéaux citoyens.
La liberté du commerce des grains, celle du com-merce des vins, l’une gênée par des privilèges popu-laires, l’autre par des privilèges tyranniques, extor-qués par quelques villes, fut rendue aux proprié-taires; et ces lois sages devaient accélérer les progrèsde la culture , et multiplier les richesses nationalesen assurant la subsistance du peuple.
Mais ces édits bienfaiteurs furent le signal de laperte du ministre qui avait osé les concevoir. Onsouleva contre eux les parlements intéressés à main-tenir les jurandes, source féconde de procès lucratifs ;