DISCOURS
54
destitution et celui de la nomination ont été régléspar l’Assemblée constituante; mais elle n’a statué quesur la nomination des commissaires de la trésorerie,et vous a laissé à prononcer sur leur destitution.
Dès l’instant où la déclaration des droits a été re-connue par l’Assemblée constituante, où les articlesfondamentaux de la constitution , décrétés par elle ,ont été acceptés par le roi, il a été aisé de voir quela France aurait une constitution libre, et qu’aucuneforce ne pourrait plus l’en priver.
Mais aussi, dès ce même moment, les observa-teurs attentifs ont pu voir éclore le projet de subs-tituer l’empire de la corruption à celui de la force,et ils ont senti que c’était le véritable ennemi contrelequel les dé.fepseurs de la liberté, de l’égalité, al-laient avoir à combattre.
Sous l’empire de la corruption , on perd la liberté,mais on en garde l’apparence. Au lieu du droit dese gouverner, on conserve le privilège de se vendre.Les pouvoirs établis n’attentent pas audacieusementaux droits des hommes, mais ils leur en retirent peuà peu l’exercice réel.
On a toute la liberté dont ceux qui se vendent ontbesoin , et ce n’est pas beaucoup dire ; mais cet étathonteux est cependant le plus commode de touspour les hommes qui ont des richesses, de l’intrigueet des talents sans vertus.
Un penchant nécessaire y entraîne avec plus oumoins de force toute nation libre, mais riche. L’hé-rédité du chef du gouvernement rend cette penteplus glissante.