AUX GERMAINS
Des rives du Rhin aux bords du Jenissée, soixante-dix millions d’hommes gémissent dans la servitude.
Un peuple serf, des bourgeois avilis, des noblesesclaves et tyrans, tel est le spectacle qu’offrentl’Allemagne, la Hongrie, la Russie et la Pologne. Apeine un petit nombre de villes défendent-elles en-core une faible portion de leurs droits contre lesdespotes dont leurs richesses excitent l’insatiable avi-dité. Là, les hommes naissent pour leurs seigneurs,comme des troupeaux pour leurs maîtres; là, lesrois ont des soldats dans leurs garnisons pour ledivertissement ou le commerce de la guerre, commedes bêtes fauves dans leurs parcs pour le plaisir oule profit de la chasse.
Les amis de l’humanité se demandent si le mou-vement que le réveil de la nation française a im-primé à la raison ébranlera cette masse immense?
Il ne se présente que trois combinaisons possibles.Ou les grandes monarchies, profitant des malheurscomme des succès de leur guerre contre la France,se partageront les pays dans lesquels des princes,des seigneurs, des villes, les fatiguent de leurs vieuxprivilèges et de leur demi-indépendance ; ou bien, cesprinces, ces seigneurs, les citoyens privilégiés de ces