LETTRE A M
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MAGISTRAT DE LA VILLE DE ***, EN SUISSE.
Permettez, Monsieur,qu’au moment où l’on cher-che à jeter des semences de discorde entre nos deuxnations, un Français, qui connaît depuis longtempsvotre zèle pour la liberté universelle du genre hu-main, vous adresse quelques réflexions sur les véri-tables intérêts de votre patrie.
Vous auriez dû voir la révolution française avecplaisir : un peuple libre de plus dans la balance del’Europe assurait la liberté de tous les autres.
Vous auriez dû, au premier signal de mouvementdans nos troupes, redemander vos régiments, nonavec humeur, mais comme ne pouvant plus, sous laconstitution nouvelle, exister tels qu’ils étaient sousl’ancienne.
Au lieu de vous effrayer de cette prétendue pro-pagande à laquelle nos émigrés ont donné une im-portance ridicule, vous auriez dû nous faire sentirque lajustice et l’intérêt commun de tous les peuplesétaient de maintenir pour chacun d’eux le droit ex-clusif et indépendant de changer lui-même ses lois, etles Français vous auraient bientôt entendus.
Mais les intérêts particuliers de quelques fa-