UNE NOUVELLE CONSTITUTION. 535
réflexions sur la nécessité de donner bientôt à laFrance une constitution nouvelle.
I. On n’a vu aucun peuple subsister paisiblementen corps de nation, si ce n’est à l’abri d’institutionsconsacrées, soit par l’babitude, soit par la superstition,ou de lois difficilement révocables.
En effet, sans quelque fixité dans les lois, il nepeut y avoir ni égalité, ni liberté, ni prospérité pu-blique. Il ne peut y avoir d’égalité, parce qu’il fautplus ou moins de temps aux citoyens pour acquérirla connaissance des lois, et pour disposer leurs affairesou leur manière de vivre d’après les moyens d’agirque ces lois leur donnent ou leur laissent.
Il n’y a point d’égalité, parce que celle de la loine devient réelle qu’après que les habitudes socialesont eu le temps de se former d’après elle.
Il ne peut y avoir de liberté : un citoyen est libresous la loi, parce qu’elle est une convention qu’il avolontairement formée, puisqu’il a consenti au modesuivant lequel cette loi est faite. Mais il a consenti àsoumettre ses actions à une règle, parce qu’alors ilpeut les combiner de manière à rendre insensible lagêne que cette règle lui impose; et il ne peut vouloirque cette règle, toujours changeante, lui imposechaque jour un joug dont ni l’habitude, ni uneconduite dirigée par la raison, ne puisse alléger lepoids.
Il ne peut y avoir de prospérité publique, parcequ’elle n’est que le résultat des efforts de chaqueindividu pour augmenter sa prospérité particulière;et ces efforts ne peuvent être que très-faibles, si des