LIVRE I.
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saire, mais non le repentir: ils se croyaient purs devante 19 )Dieu avec la bénédiction de leurs papas. Ainsi ils passaientsans remords de la confession au vol et à l'homicide; et cequi est un frein pour d’autres chrétiens était chez eux un en-couragement à l'iniquité. Ils faisaient scrupule de boire dulait un jour de jeûne; mais les pères de famille, les prêtres,les femmes, les lilles, s’enivraient d’eau-de-vie les jours de fê-tes. On disputait cependant sur la religion en ce pays commeailleurs: la plus grande querelle était si les laïques devaientfaire le signe de la croix avec deux doigts ou avec trois. Uncertain Jac.ob Nursnff, sous le précédent règne, avait excitéune sédition dans Astracan au sujet de cette dispute: il yavait même des fanatiques, comme parmi ces nations policéeschez qui tout le monde est théologien; et Pierre, qui poussatoujours la justice jusqu’à la cruauté, lit périr par le feuquelques- uns ( 50 ) de ces misérables qu’on nommait Vosko-jés lûtes.
Le czar dans son vaste empire avait beaucoup d’antressujets qui m’étaient pas chrétiens: les Tartares, qui habitent lebord occidental de la mer Caspienne et des Palus-Méotidessont mahoinétans ; les Sibériens, les Ostiaques, les Samoïedes,qui sont vers la mer Glaciale, étaient des sauvages, dont lesuns étaient idolâtres, les autres n’avient pas même la con-naissance d’un dieu ; et cependant lés Suédois envoyés prison-niers parmi eux ont été plus contons de leurs moeurs que decelles des anciens Moscovites.
Pierre Alexiowitz avait reçu une éducation qui tendait àaugmenter encore la barbarie de cette partie du monde. Sonnaturel lui fit d’abord aimer les étrangers avant ( 5I ) qu’il sûtà quel point ils pouvaient lui être utiles. Le Fort, commeon l’a déjà dit, fut le premier instrument dont il se servitpour changer depuis la face de la Moscovie. Son puissantgénie, qu’une éducation barbare avait pu détruire, se développapresque tout-à-coup: il résolut d’être homme, de commanderà des hommes, et de créer une nation nouvelle. Plusieursprinces avaient avant lui renoncé à des couronnes par dégoûtpour le poids des affaires; mais aucun n’avait cessé d’être roipour apprendre mieux à régner: c’est ce que fit Pierre-le-Grand.
II quitta la Russie en 1698, n’ayant encore régné quedeux années, et alfa en Hollande, déguisé sous un nom vul-gaire, comme s’il avait été un domestique de ce même LeFort, qu’il envoyait ambassadeur extraordinaire auprès desétats-généraux. Arrivé à Amsterdam, inscrit dans le rôle des