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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

charpentiers de l’amirauté des Indes, il y travaillait dans lechantier comme les antres charpentiers. Dans les intervallesde son travail il apprenait les parties des mathématiques quipeuvent être utiles à un prince, les fortifications, la naviga-tion, l’art de lever des plans. Il entrait dans les boutiquesdes ouvriers, examinait toutes ( 52 ) les manufactures; rienn’échappait à ses observations. De là il passa en Angleterre,où il se perfectionna dans la science de la construction desvaisseaux: il repassa en Hollande, et vit tout ce qui pouvaittourner à l’avantage de son pays. Enfin, après deux ans devoyages et de travaux auxquels nul autre homme que luin’eût voulu se soumettre, il reparut en Russie, amenant aveclui les arts de l’Europe. Des artisans de tout espèce l’y sui-virent en foule. On vit pour la première fois de grandsvaisseaux russes sur la mer Noire, dans la Baltique, et dansl’Océan; des bâtimens d’une architecture régulière et noblefurent élevés au milieu des huttes moscovites. Il établit descollèges, des académies, des imprimeries, des bibliothèques:les villes furent policées; les habillemens, les coutumes chan-gèrent peu-à-peu, quoiqu’( S3 ) avec difficulté: les Moscovitesconnurent par degrés ce que c’est que la société. Les super-stitions meme furent abolies: la dignité de patriarche futéteinte: le czar se déclara le chef de la religion; et cettedernière entreprise, qui aurait coûté le trône et la vie à unprince moins absolu, réussit presque sans contradiction, et luiassura le succès de toutes les autres nouveautés.

Après avoir abaissé un clergé ignorant et barbare, il osaessayer de l’instruire; et par-là même il risqua de le rendreredoutable: mais il se croyait assez puissant pour ne le pascraindre. Il a fait enseigner dans le peu de cloîtres quirestent la philosophie et la théologie; il est vrai que cettethéologie tient ( s4 ) encore de ce temps sauvage dont PierreAlexiowitz a retiré sa patrie. Un homme digne de foi m’aassuré qu’il avait assisté à une thèse publique où il s’agissaitde savoir si l’usage du tabac à fumer était un péché: le ré-pondant prétendait qu’il était permis de s’enivrer d’eau-de-vie,mais non de fumer, parce que la très sainte écriture dit quece qui sort de la bouche de l’homme le souille, et que ce quiy entre ne le souille point ;“).

Les moines ne furent pas contens de la réforme. A peinele czar eut-il ( ss ) établi des imprimeries qu’ils s’en servirentpour le décrier: ils imprimèrent qu’il était l’Antéchrist; leurspreuves étaient qu’il ôtait la barbe aux vivans, et qu’on fai-sait dans son académie des dissections de quelques morts.