LIVRE I.
17
les travaux, détruites par les maladies, les trois quarts desenfans monrans( M ) en Moscovie de la petite-vérole, plusdangereuse en ces climats qu’aillenrs, enfin les tristes sui-tes d’un gouvernement long-temps sauvage, et barbare mêmedans sa police, sont cause que cette grande partie du conti-nent a encore de vastes déserts. On compte à présent enRussie cinq cents mille familles de gentilshommes, deux centsmille de gens de loi, un peu plus de ( 6S ) cinq millions debourgeois et de paysans payant une espèce de taille, six centsmille hommes dans les provinces conquises sur la Suède: lesCosaques de l’Ukraine, et les Tartares vassaux ( c,i ) de la Mosco-vie, ne se montent pas à plus de deux millions; enfin l’on atrouvé que ces pays immenses ne contiennent pas plus dequatorze millions d’hommes °), c’est-à-dire un peu plus dedeux tiers des habitans de la France.
Le czar Pierre, en changeant les moeurs, les lois, la mi-lice, la face de son pays, voulait aussi être grand par le com-merce, qui fait à la fois la richesse d’un état et les avantagesdu monde entier. Il entreprit de rendre la Russie le centredu négoce de l’Asie et de l’Europe: il voulait joindre par des ca-naux, dont il dressa le plan, la Duine, le Volga, le Tanaïs, ets’ouvrir des chemins nouveaux ( 6, j de la mer Baltique au Pont-Euxin et à la mer Caspienne, et de ces deux mers à l’océanseptentrional.
Le port d’Archangel, fermé par les glaces neuf mois del’année, et dont l’abord exigeait un circuit long et dangereux,ne lui paraissait pas assez commode: il avait dès l’an 1700 ledessein de bâtir sur la mer Baltique un port qui deviendrait lemagasin du nord, et une ville qui serait la capitale de son empire.
Il cherchait déjà un passage par les mers du nord-est àla Chine; et les manufactures de Paris et de Pékin devaientembellir sa nouvelle ville.
Un chemin par terre de sept cents cinquante-quatre vers-tes( 6a ), pratiqué à travers des marais qu’il fallait combler,conduit de Moscou à sa nouvelle ville. La plupart ( 6S ) deses projets ont été exécutés par ses mains; et deux impéra-trices, qui lui ont succédé l’une après l’autre, ont encore étéau-delà de ses vues quand elles étaient praticables, et n’ontabandonné que l’impossible.
R a voyagé toujours dans ses états, autant que ses guer-res l’ont pu permettre; mais il a voyagé en législateur et en
°) Cela fut écrit en 1727 : la population a augmenté depuis parles conquêtes, par la police, et par le soin d'attirer les étrangers.CHARLES XII. 2