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HISTOIRK DE CHARLES XII.
cier subalterne, et punissait rigoureusement en czar les boyards,c’est-à-dire les gentilshommes, qui prétendaient que le privi-lège de la noblesse était de ne servir l’état qu’à leur volonté.Il établit un corps régulier pour servir l’artillerie, et prit cinqcents cloches aux églises pour fondre des canons. Il a eutreize mille canons de fonte en l’année 1714. Il a formé aussides corps de dragons, milice très convenable au génie desMoscovites, et à la forme de leurs chevaux ( 61 ) qui sont pe-tits. La Moscovie a aujourd'hui (en 1738J trente régimensde dragons, de mille hommes chacun, bien entretenus.
C’est lui qui a établi des lionssards en Russie. Enfin ila eu jusqu’à une école d’ingénieurs dans un pays où personnene savait avant lui les élémens de la géométrie.
Il était bon ingénieur lui-même; mais sur-tout il excel-lait dans tous les arts de la marine; bon capitaine de vaisseau,habile pilote, bon matelot, adroit charpentier, et d’autant plusestimable dans ces arts qu’il était né avec une crainte extrêmede l’eau; il ne pouvait dans sa jeunesse passer sur un pontsans frémir; il faisait fermer alors les volets de bois de soncarrosse: le courage et le génie dointèrent en lui cette fai-blesse machinale.
Il fit construire un beau port auprès d’Azoph, à l’embou-chure du Tanaïs : il voulait y entretenir des galères ; et dansla suite, croyant (° 2 ) que ces vaisseaux longs, plats, et légers,devaient réussir dans la mer Baltique, il en a fait construireplus de trois cents dans sa ville favorite de Pétersbourg: il^amontré à ses sujets l’art de les bâtir avec du simple sapin, etcelui de les conduire. II avait appris jusqu’à la chirurgie;on l’a vu dans un besoin faire la ponction à un hydropique:il réussissait dans les mécaniques, et instruisait les artisans.
Les finances du czar étaient à la vérité peu de chose parrapport à l’immensité de ses états; il n’a jamais eu vingt-quatre millions de revenu, à compter le marc à près de cin-quante livres, comme nous faisons aujourd’hui, et comme nousne. ferons peut-être pas demain; mais c’est être très richechez soi( G3 J que de pouvoir faire de grandes choses. Ce n’estpas la rareté de l’argent, mais celle des hommes et des talens,qui rend un empire faible.
La nation russe n’est pas nombreuse, quoique les femmesy soient fécondes et les hommes robustes. Pierre lui-même,en poliçant ses états, a malheureusement contribué à leur dé-population: de fréquentes recrues dans des guerres long-temps malheureuses, des nations transplantées des bords dela mer Caspienne à ceux de la mer Baltique, consumées dans