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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

de saisons, et les rendre on jour pour le moins égaux auxSuédois. Ainsi dans on temps où les glaces et les neigesforcent les autres nations, dans des climats tempérés, à sus-pendre la guerre, le czar Pierre assiégeait Narva à trentedegrés du pôle; et Charles XII s’avançait pour la secourir.Le czar ne fut pas plutôt arrivé devant la place qu’il se hâtade mettre en pratique tout ce qu’il venait d’apprendre dansses voyages: il traça son camp, le lit fortifier de tous côtés,éleva des redoutes de distance en distance, et ouvrit lui-mêinela tranchée. Il avait donné le commandement de son arméeau duc de Croi, Allemand, général habile, mais peu secondéalors par les officiers russes: pour lui, il n’avait dans sespropres troupes que le rang de simple lieutenant. Il avaitdonné l’exemple de l’obéissance militaire à sa noblesse, jus-que-là indisciplinable, laquelle était en p'ossession de conduiresans expérience et en tumulte des esclaves mal armés. Iln’était pas étonnant que celui qui s’était fait charpentier àAmsterdam pour avoir des flottes, fût lieutenant à Narva pourenseigner à sa nation l’art de la guerre.

Les Russes sont robustes, infatigables, peut-être aussicourageux que les Suédois ; mais c’est au temps ( 21 ) à aguer-rir les troupes, et à la discipline à les rendre invincibles.Les seuls régimens dont on pût espérer quelque chose étaientcommandés par des officiers allemands; mais ils étaient enpetit nombre: le reste était des barbares arrachés à leurs fo-rêts, couverts de peaux de bêtes sauvages, les uns armés deflèches, les antres de massues : peu avaient des fusils ; aucunn’avait vu un siège régulier; il n’y avait (“) pas un bon ca-nonier dans toute l’armée. Cent cinquante canons, qui au-raient dû réduire la petite ville de Narva en cendres, y avaientà peine fait brèche, tandis que l’artillerie de la ville renver-sait à tout moment des rangs entiers dans les tranchées.Narva était presque sans fortifications ; le baron de Hoorn,qui y commandait, n’avait pas mille hommes de troupes réglées ;cependant cette armée innombrable n’avait pu la réduire endix semaines.

On était déjà au 15 de novembre quand le czar appritque le roi de Suède, ayant traversé la mer avec deux centsvaisseaux de transport, marchait pour secourir Narva. LesSuédois n’étaient que vingt mille;, le czar n’avait que la su-périorité du nombre. Loin donc de mépriser son ennemi, ilemploya tout ce qu’il avait d’art pour l’accabler. Non coûtentde quatre-vingt mille hommes, il se prépara à lui opposerencore une autre armée, et à l’arrêter à chaque pas. Ii avait