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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE II.

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déjà mandé près de trente mille hommes, qui s’avancaient dePleskow à grandes journées. Il fit alors une démarche quil’eût rendu méprisable, si un législateur qni a fait de si gran-des choses pouvait l’être. Il quitta son camp, où sa présenceétait nécessaire, pour aller chercher ce nouveau corps de trou-pes, qui pouvait très bien arriver sans lui, et sembla, parcette démarche, craindre de combattre dans un camp retran-ché un jeune prince sans expérience, qui pouvait venir l’at-taquer.

Quoi qu’il en soit il voulait enfermer Charles XII entredeux armées. Ce n’était pas tout; trente mille hommes, dé-tachés du camp devant Narva, étaient postés à une lieue decette ville sur le chemin du roi de Suède; vingt mille strélitzétaient plus loin sur le même chemin; cinq mille autres fai-saient une garde avancée. Il fallait passer sur le ventre ( s )à toutes ces troupes avant que d’arriver devant le camp, quiétait muni d’un rempart et d’un double fossé. Le roi deSuède avait débarqué à Pernaw, dans le golfe de Riga, avecenviron seize mille hommes d’infanterie, et un peu plus dequatre mille chevaux. De Pernaw il avait précipité sa marchejusqu’à Revel, suivi de toute sa cavalerie, et seulement dequatre mille fantassins. Il marchait toujours en avant, sans(* 4 )attendre le reste de ses troupes. Il se trouva bientôt, avecses huit mille hommes seulement, devant les premiers postesdes ennemis. Il ne balança pas à les attaquer tous les unsaprès les antres, sans leur donner le temps d'apprendre à quelpetit nombre ils avaient affaire ( 2S ). Les Moscovites, voyantarriver les Suédois à eux, crurent avoir toute une armée àcombattre. La garde avancée de cinq mille hommes, quigardait entre des rochers un poste où cent hommes résoluspouvaient arrêter une armée entière, s’enfuit à la premièreapproche des Suédois. Les vingt mille hommes qui étaientderrière, voyant fuir leurs compagnons, prirent l’épouvante,et allèrent porter le désordre dans le camp. Tous les postesfurent emportés en deux jours; et ce qui en d’autres occa-sions eut été compté pour trois victoires, ne retarda pas d’uneheure la marche du roi. Il parut donc enfin, avec ses huitmille ' hommes fatigués d’une si longue marche, devant uncamp de quatre-vingt mille Russes, bordé de cent cinquantecanons. A peine ses troupes eurent-elles pris quelque reposque, sans délibérer, il donna ses ordres pour l’attaque.

Le signal était .deux fusées, et le mot en allemand: ,,Avecl’aide de Dieu.“ Un ' officier-général lui ayant représenté lagrandeur du péril: „Quoi! vous doutez(“), dit-il, qu’avec