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HISTOIRE DE CHARLES XII.
avait du bien dans les états de Charles XII, et qu’elle avaitété long'-temps à sa cour, elle avait un prétexte plausibled’aller trouver ce prince. Elle vint donc au camp des Suédoisen Lithuanie, et s’adressa d’abord au comte Piper, qui luipromit trop légèrement une audience de son maître. Lacomtesse, parmi les perfections qui la rendaient une des plusaimables personnes de l’Europe, avait le talent singulier deparler les langues de plusieurs pays qu’elle n’avait jamaisvus ( 63 ) avec autant de délicatesse que si elle y était née;elle s’amusait même quelquefois à faire des vers français,qu’on efit pris pour être d’une personne née à Versailles: elleen composa pour Charles XII, que l’histoire ne doit pointomettre; elle introduisait les dieux de la fable, qui touslouaient les différentes vertus de Charles: la pièce finissaitainsi:
Euful chacuu des dieux, discourant à sa gloire,
Le plaçait par avance au temple de inériioire:
Mais Venus ul Bacchus n’en dirent pas un mot.
Tant d’esprit et d’agrémens étaient perdus auprès d’unhomme tel que le roi de Suède; il refusa constamment de lavoir. Elle prit le parti de se trouver sur son chemin danslés fréquentes promenades qu’il faisait à cheval. Effectivementelle le rencontra tm jour dans un sentier fort étroit; elle descenditde carrosse dès qu'elle l’aperçut: le roi la salua sans lui direun seul mot, tourna la bride de son cheval, et s’en retournadans l’instant; de sorte que la. comtesse de Konigsmarck neremporta de son voyage que la satisfaction de pouvoir croireque le roi de Suède ne redoutait qu’elle.
H fallut alors que le roi de Pologne se jetât dans les brasdu sénat: il lui fit des propositions par le palatin de Marien-bourg; l’une, qu’on lui laissât la disposition de l’armée de larépublique, à laquelle il paierait de ses propres deniers-deuxquartiers d’avance ; l’autre, qu’on lui permît de faire revenir enPologne douze mille Saxons. Le cardinal primat fit uneréponse aussi dure qu’était le refus du roi de Suède; il ditan palatin de Marienbourg, au nom de l’assemblée, „qu’onavait résolu d’envoyer à Charles XII une ambassade, et 'qu’ilne lui conseillait pas de faire venir les Saxons.“
Le roi, dans cette extrémité, voulut au moins conserverLes apparences de l’autorité royale. Un de ses chambellansalla de sa part trouver Charles pour savoir de lui où. etcomment sa majesté suédoise voudrait recevoir l’ambassadedn roi son maître et de la république. On avait oublié mal-