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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE II.

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heurfeusement de demander un passe-port aux Suédois pource chambellan. Le roi de Suède le lit mettre en prison aulieu de lui donner audience, en disant qu’il comptait recevoirune ambassade de la république et rien du roi Auguste.Cette violation du droit des gens n’était permise que par laloi du plus fort.

Alors Charles ayant laissé derrière lui des garnisons dansquelques villes de Lithuanie, s’avança au-delà de Grodno,ville connue en Europe par les diètes qui s’y tiennent, maismal bâtie et plus mal fortifiée.

A quelques milles par-delà Grodno il rencontra l’ambas-sade de la république: elle était composée de cinq sénateurs:ils voulurent d’abord faire régler un cérémonial que le roi neconnaissait guère; ils demandèrent qu’on traitât la républiquede sérénissime ; qu’on envoyât au-devant d’eux les carrosses duroi et des sénateurs : on leur répondit que la république seraitappelée illustre et non sérénissime ; que le roi ne se servaitjamais de carrosse; qu’il avait auprès de lui beaucoup d’ofii-ciers, et point de sénateurs ; qu’on leur enverrait un lieutenant-général, et qu’ils • arriveraient sur leurs propres chevaux.

Charles XII les reçut dans sa tente avec quelque appareild’une pompe militaire : leurs discours furent pleins de ménage-mens et d’obscurités ; on remarquait qu’ils craignaient Charles XII,qu’ils n’aimaient pas Auguste, mais qu’ils étaient honteux d’dterpar l’ordre d’un étranger la couronne au roi qu’ils avaient élu.Rien ne se conclut ( M ), et Charles XII leur fit comprendreenfin qu’il conclurait dans Varsovie.

Sa marche fut précédée par un manifeste dont le cardinalet son parti inondèrent la Pologne en huit jours. Charlespar cet écrit invitait tous les Polonais à joindre leur vengeancea la sienne, et prétendait leur faire voir que leurs intérêts etles siens étaient les mêmes; ils étaient cependant bien diffé-rens: mais le manifeste, soutenu par un grand parti, par letrouble du sénat et par l’approche du conquérant, fit de trèsfortes impressions. Il fallut reconnaître Charles pour protec-teur, puisqu’ (“) il voulait l’être, et qu’on était encore tropheureux qu’il se contentât de ce titre.

Les sénateurs contraires à Auguste publièrent hautementl’écrit sons ses yeux mêmes; le peu ( m ) qui lui étaient atta-chés demeurèrent dans le silehce. Enfin, quand on apprit queCharles avançait à grandes journées, tous se préparèrent enconfusion à partir: le cardinal quitta Varsovie des premiers;la plupart ( or ') précipitèrent leur fuite, les uns pour aller at-tendre dans leurs terres le dénouement de cette affaire, les