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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

vogues, que chaque parti interprète à son gré, et que lesuccès seul rend incontestables. Pour lui, ayant augmentéses troupes victorieuses de six mille hommes de cavalerie etde huit mille d’infanterie qu’il reçut de Suède, il marcha contreles restes de l’armée saxonne qu’il avait battue à Clissau, et quiavait eu le temps de se rallier et de se grossir pendant qnesa chiite de cheval l’avait retenu au lit. Cette armée évitaitses approches et se retirait vers ( 75 ) la Prusse, ou nord-ouestde Varsovie. La rivière de Bug était entre lui et les ennemis:Charles passa à la nage à la tète de sa cavalerie; l’infanteriealla chercher un gué au-dessus. On arrive aux Saxons dansun lieu nommé Pultesk. Le général Stenau les commandaitau nombre d’environ dix mille. Le roi de Suède, dans samarche précipitée, n’en avait pas amené davantage, sûr qu’unmoindre nombre lui suffisait. La terreur de ses armes étaitsi grande que la moitié de l’armée saxonne s’enfuit à sonapproche sans rendre le combat. Le général Stenau lit fermeun moment avec deux regimens ; le moment d’après il futlui-même entraîné dans la fuite générale de son armée, quise dispersa avant d’être vaincue. Les Suédois ne firent pasmille prisonniers, et ne tuèrent pas six cents hommes, ayantplus de peine à les poursuivre qu’à les défaire. ' •

Auguste, à qui il ne restait (™) plus que les débris desSaxons battus de tous côtés, se retira en hâte dans Thorn,vieille ville de la Prusse royale sur la Vistule, laquelle estsous la protection des Polonais. Charles se disposa aussitôtde l’assiéger. Le roi de Pologne, qui ne s’y crut pas ensûreté, se retira, et courut dans tous les endroits de la Po-logne où il pouvait rassembler encore quelques soldats, et oùles courses des Suédois n’avaieiit point pénétré. CependantCharles, dans tant de marches si vives, traversant des rivièresà la nage, et courant avec son infanterie montée en croupederrière ses cavaliers, n’avait pu amener de canon devant Thorn;il lui fallut attendre qu’il lui en vînt de Suède par mer.

En attendant il se posta à quelques milles de la ville;il s’avançait souvent trop près des remparts pour la recon-naître; l’habit simple qu’il portait toujours lui était, dans cesdangereuses promenades, d’une ulilité à laquelle il n’avaitjamais pensé; il l’empêchait d’être remarqué et d’être choisipar les ennemis, qui eussent tiré à sa personne. Un jours’étant avancé fort près avec un de ses généraux, nomméLieven, qui était vêtu d’un habit bleu galonné d’or, ilcraignit ( 77 ) que ce général ne fût trop aperçu; il lui or-donna de se mettre derrière Jui, par un mouvement de cette