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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

un renfort do six mille hommes, arec du canon et des muni-tions pour achever le siège de Thorn; il fallait que ce se-cours remontât la Vistule. A l'embouchure de ce lleuve estDantzick, ville riche et libre, qui jouit en Pologne, avec Thornet Elbing, des mêmes privilèges que les villes impériales ontdans l’Allemagne. Sa liberté a été attaquée tour-à-tour parles Danois, la Suède, et quelques princes allemands, et ellene l’a conservée que par la jalousie qu’ont ces puissances lesunes des autres. Le comte Steinbock, un des généraux sué-dois, assembla le magistrat de la part du roi, demanda lepassage pour les troupes et quelques munitions. Le magistrat,par une imprudence ordinaire à ceux qui traitent avec plusfort qu’eux, n’osa ni le refuser ni lui accorder nettement sesdemandes. Le général Steinbock se fit donner de force plus (™)qu’il n’avait demandé; on exigea même de la ville line con-tribution de cent mille écus, par laquelle elle paya son refusimprudent. Enfin les troupes de renfort, le canon et les mu-nitions, étant arrivés devant Thorn, on commença le siège le22 septembre.

Robel, gouverneur de la place, la défendit un mois aveccinq milles hommes de garnison. Au bout de ce temps il futforcé de se rendre à discrétion: la garnison fut faite prison-nière de guerre, et envoyée en Suède. Robel fut présentédésarmé au roi. Ce prince, qui ne perdait jamais une occa-sion d’honorer le mérite dans ses ennemis, lui donna une épéedesa main, lui fit un présent considérable en argent, et lerenvoya sur sa parole. Mais la ville, petite et pauvre, futcondamnée à payer quarante mille écus, contribution excessivepour elle.

Elbing, bâtie sur un bras de la Vistule, fondée par leschevaliers teutons, et annexée aussi à la Pologne, ne profitspas de la faute des Dantzickois; elle balança trop à donnerpassage aux troupes suédoises: elle en fut plus sévèrementpunie que Dantzick. Charles y entra le 13 décembre à latête de quatre mille hommes, la baïonnette au bout du fusil.Les liabitans épouvantés se jetèrent à genoux dans les rueaet lui demandèrent miséricorde: il les fit tous désarmer; logeases soldats chez les bourgeois; ensuite ayant mandé le magis-trat, il exigea le jour même une contribution de deux centssoixante mille écus: il y avait dans la ville deux cents piècesde canon et cpiatre cents milliers de poudre, qu’il saisit; unebataille gagnée ne lui eût pas valu de si grands avantages.Tous ces succès étaient les avant-coureurs du détrônementroi Auguste.