LIVRE II.
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A peine le cardinal avait juré à son roi de ne rien entre-prendre contre lui, qu’il s’était rendu à l’assemblée de Varsovie,toujours sous le prétexte de la paix. Il arriva ne parlant quede concorde et d’obéissance, mais accompagné de soldatslevés dans ses terres. Enfin il leva le masque, et déclarai 79 ),au nom de l’assemblée, „Auguste, électeur de Saxe, inhabileà porter la couronne de la Pologne. 11 On y prononça d’unecommune voix que le trône était vacant. La volonté du roide.,Suède, et par conséquent celle de cette diète, était de donnerau prince Jacques Sobiesky le trône du roi Jean son père.Jacques Sobiesky était alors à Breslau en Silésie, attendantavec impatience la couronne qu’avait portée son père. Il étaitun jour à la chasse à quelques lieues de Breslau avec le princeConstantin, l’un de ses frères ; trente cavaliers saxons envoyéssecrètement par le roi Auguste, sortent tout-à-coup d’un boisvoisin, entourent les deux princes et les enlèvent sans résis-tance: on avait préparé de chevaux de relais, sur lesquels ilsfurent sur-le-champ conduits à Leipsick, où on les enfermaétroitement. Ce coup dérangea les mesures de Charles, ducardinal, et de l’assemblée de Varsovie.
La fortune, qui se joue des têtes couronnées, mit presquedans le même temps le roi Auguste sur le point d’être prislui-même; il était à table, à trois lieues de Cracovie, se re-posant sur une garde avancée et postée à quelque distance,lorsque le général Renschild parut subitement après avoir en-levé cette garde. Le roi de Pologne n’eut que le temps demonter à cheval lui onzième. Le général Renschild le pour-suivit pendant quatre jours, prêt à le saisir à tout moment.Le roi fut jusqu’à Sendomir: le général suédois l’y suivit en-core; et ce ne fut que par un bonheur singulier que ce princeéchappa.
Pendant tout ce temps le parti du roi Auguste traitaitcelui du cardinal, et en était traité réciproquement, de traîtreà la patrie. L’armée de la couronne était "partagée entre lesdeux factions. Auguste, forcé enfin d’accepter le secours mos-covite, se repentit de n’y avoir pas eu recours assez tôt: ilcourait tantôt en Saxe, où ses ressources étaient épuisées,tantôt il retournait en Pologne, où l’on n’osait le servir. D’unautre côté le roi de Suède, victorieux et tranquille, régnaiten elfet en Pologne.
Le comte Piper, qui avait dans l’esprit autant de politiqueque son maître avait de grandeur dans le sien, proposa alorsà Charles XII de prendre pour lui-même la couronne de Po-logne: il lui représentait combien l’exécution en était facile