Buch 
Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
Entstehung
Seite
59
JPEG-Download
 

LIVRE III.

5fi

fois la Pologne à ses ennemis ; il se retira en Saxe, et fit ré -parer avec précipitation les fortifications de Dresde, craignantdéjà, non sans raison, pour la capitale de ses états héré-ditaires.

Charles XII voyait la Pologne soumise ; ses généraux, àson exemple, venaient de battre en Courlande plusieurs petitscorps moscovites qui, depuis la grande bataille de Narva, nese montraient plus que par pelotons, et qui dans ces quartiersne faisaient la guerre que comme des Tartares vagabonds, quipillent, qui fuient, et qui reparaissent pour fuir encore.

Par-tout où se trouvaient les Suédois ils se croyaientsûrs de la victoire quand ils étaient vingt contre cent. Dansde si heureuses conjonctures, Stanislas prépara son couronne-ment: la fortune, qui l’avait fait élire à Varsovie, et qui l’enavait chassé, l’y rappela encore aux acclamations d’une foulede noblesse que le sort des armes lui attachait: une diète yfut convoquée; tous les obstacles y furent applanis; il n’y eutque la cour de Rome seule qui le traversa. •

Il était naturel qu’elle se déclarât pour le roi Auguste,qui de protestant s’était fait catholique pour monter sur letrône, contre Stanislas placé sur le même trône par un grandennemi de la religion catholique. Clément XI, alors pape,envoya des brefs à tous les prélats de Pologne, et sur-toutau cardinal primat, par lesquels il les menaçait de l’excommu-nication, s’ils osaient assister au sacre de Stanislas, et attenteren rien contre les droits du roi Auguste.

Si ces brefs parvenaient aux évêques qui étaient à Var-sovie, il était à craindre que quelques uns n’obéissent parfaiblesse, et que la plupart ne s’en prévalussent pour serendre plus difficiles à mesure qu’ils seraient plus nécessaires.On avait donc pris toutes les précautions pour empêcher ( 3 )que les lettres du pape ne fussent reçues dans Varsovie. Unfranciscain reçut secrètement les brefs pour les délivrer enmains propres aux prélats: il en donna d’abord un au suffra-gant de Ciielm; ce prélat, très attaché à Stanislas, le portaau roi tout cacheté. Le roi fit venir le religieux, et lui de-manda comment il avait osé se charger d’une telle pièce. Lefranciscain répondit que c’était par l’ordre de son général.Stanilas lui ordonna d’écouter désormais les ordres de son'*roi préférablement à ceux du général des franciscains, et lefit sortir dans le moment de la ville.

Le même jour on publia un placard du roi de Suède parlequel il était défendu à tous ecclésiastiques séculiers et ré-guliers dans Varsovie, sous des peines très grièves, de se