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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

troisième debout faisait feu en même temps derrière les deuxantres. Les Suédois fondirent avec leur impétuosité ordinairesur les Saxons, qui les attendirent sans s’ébranler: les coupsde fusil, de jnque, et de baïonnette, effarouchèrent les chevaux,qui se cabraient au lieu d’avancer; par se moyen les Suédoisn’attaquèrent qu’en désordre, et les Saxons se défendirent engardant leurs rangs.

Il en fit un bataillon quarré long; et quoique chargé decinq blessures, il se retira en bon ordre en cette forme, aumilieu de la nuit, dans la petite ville de Gurau, à ( 7 ) troislieues du champ de bataille. A peine commençait-il de respirerdans cet endroit que les deux rois paraissent tout-à-coupderrière lui.

Au-delà de Gurau, en tirant vers le fleuve de l’Oder, étaitun bois épais, au travers duquel le général saxon sauva soninfanterie fatiguée: les Suédois, sans se rebuter, le poursui-virent jiar le bois même, avançant avec difficulté dans desroutes a peine praticables pouf des gens de pied: les Saxonsn’eurent traversé le bois que cinq heures avant la cavaleriesuédoise. Au sortir de ce bois coule la rivière de Parts, aupied d’un village nommé Rusten. Schullembourg avait envoyéen diligence rassembler des bateaux; il fait passer la rivièreà sa troupe, qui était déjà diminuée de moitié: Charles ar-rive dans le temps que Schullembourg était à l'antre bord:jamais vainqueur n’avait poursuivi si vivement son ennemi.La réfutation de Schullembourg dépendait d’échapper au roide Suede; le roi, de son côté, croyait sa gloire intéressée àprendre Schullembourg et le reste de son armée: il ne perdpoint de temps; il fait passer sa cavalerie à un gué. LesSaxons se trouvaient enfermés entre cette rivière de Parts etle grand fleuve de l’Oder, qui prend sa source dans la Silésie,et qui est déjà profond et rapide en cet endroit.

La perte de Schullembourg paraissait inévitable; cepen-dant, après avoir sacrifié peu de soldats, il passa l’Oder pen-dant la nuit. Il sauva ainsi son armée; et Charles ne puts’empêcher de dire : ^Aujourd’hui Schullembourg nous avaincus ( s ).“

C’est ce même Schullembourg qui fut depuis général desVénitiens, et à qui la république a érigé une statue dansCorfou, pour avoir défendu contre les Turcs ce rempart del’Italie. Il n’y a que les républiques <jui rendent de tels hon-neurs ; les rois ne donnent que des recompenses.

Mais ce qui faisait la gloire de Schullembourg n’étaitguère utile au roi Auguste. Ce prince abandonna encore une