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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE III.

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ne les avait quittées depuis six ans que pour se coucher: cesbagatelles furent le seul entretien de deux rois, dont l’un ôtaitune couronne à l’autre; Auguste sur-tout parlait avec un airde complaisance et de satisfaction, que les princes et leshommes accoutumés aux grandes affaires savent prendre aumilieu des mortifications les plus cruelles. Les deux roisdînèrent deux fois ensemble. Charles XII affecta toujours dedonner la droite au roi Auguste; mais loin de rien relâcherde ses demandes, il en fit encore de plus dures. C’était déjàbeaucoup qu’un souverain fut forcé à livrer un général d’armée,un ministre public; c’était un grand abaissement d’être obligéd’envoyer à son successeur Stanislas les pierreries et les archivesde la couronne; mais ce fut le comble à cet abaissement, d’êtreréduit enfin à féliciter de son avènement au trône celui quiallait s’y asseoir à sa place. Charles exigea une lettre d’Au-guste à Stanislas: le roi détrôné se le fit dire plus d’une fois;mais Charles voulait cette lettre, et il fallait l’écrire. La voicitelle que je l’ai vue depuis peu, copiée fidèlement sur l’ori-ginal, que le roi Stanislas garde encore.

Monsieur et frère,

Nous avions jugé qu’il n’était pas nécessaire d’eutter dans uncommerce particulier de lettres avec votre majesté; cependai'i, pouifaire plaisir à sa majesté suédoise, et afin qu’on ne nous impute pasque nous faisons difficulté de satisfaire a son désir, nous vous félici-tons par celle-ci de votre avènement à la couronne, et vous sou-haitons que vous trouviez dans votre patrie des sujets plus fidèles queceux que nous y avons laissés. Tout le monde nous fera la justicede croire que nous n’avons été payés que d’ingratitude pour tons nosbieufaits, et que la plupart de nos sujets ne se sont appliques qu’àavancer uotre ruiue. Nous souhaitons que vous ne soyez pas exposé àde pareils malheurs, vous remettaut à la protection de Dieu.

A Dresde, le 8 avril 1707.

Votre frère et voisin, Auguste, roi.

Il fallut qu’Auguste ordonnât lui-même à tous ses officiersde^ magistrature de ne plus le qualifier de roi de Pologne, etqu’il fit effacer des prières publiques ce titre auquel il renon-çait. Il eut moins de peine à élargir les ( 21 ) Sobiesky: cesprinces au sortir de leur prison refusèrent de le voir; maisle sacrifice de Patkul fut ce qui dut lui coûter davantage:d’un côté le czar le redemandait hautement comme son am-bassadeur; de l’autre le roi de Suède exigeait en menaçant