70
HISTOIRE DE CHARLES XII.
qu’on le lui livrât. Patkul était alors enfermé dans le châteaude Koenigstein en Saxe. Le roi Auguste crut pouvoir satis-faire Charles XII et son honneur en même temps: il envoyades gardes pour livrer ce malheureux aux troupes suédoises;mais auparavant il envoya au gouverneur de Koenigstein unordre secret de laisser échapper son prisonnier. La mauvaisefortune de Patkul l’emporta sur le soin qu’on prenait de lesauver. Le gouverneur sachant que Patkul était très riche,voulut lui faire acheter sa liberté. Le prisonnier, comptantencore sur le droit des gens, et informé des intentions du roiAuguste, refusa de payer ce qu’il pensait devoir obtenir pourrien. Pendant cet intervalle les gardes commandés pour saisirle prisonnier arrivèrent, et le livrèrent immédiatement à quatrecapitaines suédois, qui l’emmenèrent d’abord au quartier-gé-néral d’Altranstad, on il demeura trois mois attaché à unpoteau avec une grosse chaîne de fer; de là il fat conduit àCasimir.
Charles XII oubliant que Patkul était ambassadeur duczar, et se souvenant seulement qu’il était né son sujet, or-donna au conseil de guerre de le juger avec la dernière ligueur.Il fut condamné à être rompu vif et à être mis en quartiers.Un chapelain vint lui annoncer qu’il fallait mourir, sans luiapprendre le genre du supplice. Alors cet homme qui avaitbravé la mort dans tant de batailles, se trouvant seul avec unprêtre, et son courage n’étant plus soutenu par la gloire nipar la colère, sources de l’intrépidité des hommes, répanditamèrement des larmes dans le sein du chapelain. Il étaitfiancé avec une dame saxonne nommée mad. d’Einsiedel, quiavait de la naissance, du mérite et de la beauté, et qu’il avaitcompté d’épouser à-peu -près dans le temps même qu’on lelivra au supplice. Il recommanda an chapelain d’aller la trouverpour la consoler, et de l’assurer qu’il mourait plein de tendressepour elle. Quand on l’eut conduit au lieu du supplice, et qu’ilvit les roues et les pieux dressés, il tomba dans des convul-sions de frayeur, et se rejeta dans les bras du ministre, quil’embrassa en le couvrant de son manteau et en pleurant.Alors un officier suédois lut à hante voix un papier danslequel étaient ces paroles:
„On fait savoir que l’ordre très exprès de sa majesté,notre seigneur très clément, est que cet homme, qui est traîtreà la patrie, soit roué et écartelé pour réparation de ses crimeset pour l’exemple des autres. Que chacun se donne de gardede la trahison, et serve son roi fidèlement.” A ces mots de„prince très clément:” «Quelle clémence!” dit Patkul; et à