72
HISTOIRE DE CHARLES XII.
Le roi répondit qu’il avait refusé à ses amis la grâce ducriminel, et qu’il n’accorderait jamais à l’intérêt ce qu’il n'avaitpas donné à l’amitié. Cette inflexibilité eut quelque chosed’héroïque dans un prince qui d’ailleurs croyait le secret pos-sible. Le roi Auguste qui en fut informé, dit: „Je ne m’étonnepas que le roi de Suède ait tant d’indifférence pour la pierrephilosophale; il l’a trouvée en Saxe.“
Quand ( z3 ) le czar eut appris l’étrange paix que le roiAuguste, malgré leurs traités, avait conclue à Altranstad, etque Patkul, son ambassadeur plénipotentiaire, avait été livréau roi de Suède au mépris des lois des nations, il lit éclaterses plaintes dans toutes les cours de l’Europe: il écrivit àl’empereur d’Allemagne, à la reine d’Angleterre, aux états-géneraux des Provinces-unies: il appelait lâcheté et perfidiela nécessité douloureuse sous laquelle Auguste avait succombé:il conjura toutes ces puissances d’interposer leur médiationpour lui faire rendre son ambassadeur, et pour prévenir l’affrontqu’on allait faire en sa personne à toutes les têtes couronnées;il les pressa par le motif de leur honneur de ne pas s’avilirjusqu’à donner de la paix d’Altranstad une garantie queCharles XII leur arrachait en menaçant. Ces lettres n’eurentd’autre effet que de mieux faire voir la puissance du roi deSuède. L’empereur, l’Angleterre, et la Hollande avaient alorsà soutenir contre la France une guerre ruineuse; ils ne jugèrentpas à propos d’irriter Charles XII par le refus de la vainecérémonie de la garantie d’un traité. A l’égard du malheureuxPatkul, il n’y eut pas une puissance qui interposât ces bonsoffices en sa faveur, et qui ne fît voir combien peu un sujetdoit compter sur des rois, et combien tous les rois alorscraignaient celui de Suède.
On proposa dans le conseil du czar d’user de représaillesenvers les officiers suédois prisonniers à Moscou: le czar nevoulut point consentir à une barbarie qui eût eu des suitessi funestes ; il y avait plus de Moscovites prisonniers en Suèdeque de Suédois en Moscovie.
Il chercha une vengeance plus utile. La grande arméede son ennemi était en Saxe sans agir. Levenhaupt, généraldu roi de Suède, qui était resté en Pologne à la tête d’environvingt mille hommes, ne pouvait garder les passages dans unpays sans forteresses et plein de factions. Stanislas était aucamp de Charles XII. L’empereur moscovite saisit cette con-joncture, et rentre en Pologne avec plus de soixante millehommes: il les sépare en plusieurs corps, et marche avec uncamp volant jusqu’à Léopold, où il n’y avait point de garnison