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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

Pologne. Il comprit que si ce prince restait en Saxe c’étaitpour imposer quelques conditions un peu dures à l'empereurd’Allemagne. Il savait bien que l’empereur ne résisterait pas,et qu’ainsi les affaires se termineraient aisément. Il laissaCharles XII à son penchant naturel; et, satisfait de l’avoiipénétré, il ne lui lit aucune proposition. Ces particularitésm’ont été confirmées par madame la duchesse ( 30 ) de Marlbo-rough, sa veuve, encore vivante °).

Comme peu de négociations s’achèvent sans argent, etqu’on voit quelquefois des ministres qui vendent la haine oula faveur de leur maître, on crut dans toute l’Europe que leduc de Marlborough n’avait réussi auprès du roi de Suèdequ’en donnant à propos une grosse somme au comte Piper;et la mémoire de ce Suédois en est restée flétrie jusquan-jourd’hui. Pour moi, qui ai ( 31 ) remonté autant qu’il ma étépossible à la source de ce bruit, j’ai su que Piper avait reçuun présent médiocre de l’empereur par les mains du comte deWratislan, avec le consentement du roi son maître, et rien duduc de Marlborough. Il est certain que Charles était inflexibledans le dessein d’aller détrôner l’empereur des Russes, qu’ilne recevait alors conseil de personne, et qu’il n’avait pasbesoin des avis du comte Piper pour prendre de Pierre Alexio-witz une vengeance qu’il cherchait depuis si long-temps.

Enfin ce qui achève de justifier ce ministre, c’est l’honneurrendu long-temps après à sa mémoire par Charles XII, qui,ayant appris que Piper était mort en Russie, fit transporterson corps à Stockholm, et lui ordonna à ses dépens des ob-sèques magnifiques.

Le roi, qui n’avait point encore éprouvé de revers, nimême de retardement dans ses succès, croyait qu’une annéelui. suffirait pour détrôner le czar, et qu’il pourrait ensuiterevenir sur ses pas s’ériger en arbitre de l’Europe; mais ilvoulait auparavant humilier l’empereur d’Allemagne.

Le baron de Stralheim envoyé de Suède à Vienne, avaiteu dans un repas une querelle avec le comte de Zobor, cham-bellan de l’empereur: celui-ci ayant refusé de boire à lasanté de Charles XII, et ayant dit durement que ce prince enusait trop mal avec son maître, Stralheim lui avait donné undémenti et un soufflet, et avait osé, après cette insulte, de-mander réparation à la cour impériale. La crainte de déplaireau roi de Suède avait forcé l’empereur à bannir son sujet,

0 ) L’auteur écrivait en 1727. On voit par d’autres dates que1 ouvrage a été retouché depuis à plusieurs reprises