LIVRE III.
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français, langue clans laquelle il s’exprimait très mal, et lespersuadait tous: c’est ce qne le lord Bolingbroke m’a confirmé.
Il soutenait avec le prince Eugène, compagnon de sesvictoires, et avec Heinsius, grand pensionnaire de Hollande,tout le poids des entreprises des alliés contre la France. Ilsavait qne Charles était aigri contre l’empire et contre l’em-pereur; qu’il était sollicité secrètement par les Français, etqne si ce conquérant embrassait le parti de Louis XIV lesalliés seraient opprimés.
Il est Vrai que Charles avait donné sa parole de ne semêler en rien de la guerre de Louis XIV contre les alliés;mais le duc de Marlborough ne croyait pas qu’il y eût unprince assez esclave de sa parole pour ne la pas sacrifier à sagrandeur et à son intérêt. Il partit donc de la Haie dansle dessein d’aller sonder les intentions du roi de Suède. M.Fabrice, qui était alors auprès de Charles XII, m’a assuré quele duc de Marlborough, en arrivant, s’adressa secrètement,non pas au compte Piper, premier ministre, mais au baron deGortz, qui commençait a partager avec Piper la confiance duroi: il arriva même dans le carrosse de ce baron au quartierde Charles XII, et il y eut des froideurs marquées entre luiet le chancelier Piper. Présenté ensuite par Piper, avec Ro-binson, ministre d’Angleterre, il parla au roi en français: illui dit qu’il s’estimerait heureux de pouvoir apprendre sousses ordres ce qu’il ignorait de l’art de la guerre. Le roi nerépondit à ce compliment par aucune civilité, et parut ( 27 )oublier que c’était Marlborough qui lui parlait. Je sais mêmeqn’il trouva que ce grand homme était vêtu d’une manièretrop recherchée, et avait l’air (“) trop peu guerrier. La con-versation fut fatigante et générale, Charles XII s’exprimanten suédois, et Robinson servant d’interprète. Marlborough,.quine se hâtait jamais de faire ses propositions, et qui avait, parune longue habitude, acquis l’art de démêler les hommes, etde pénétrer les rapports qui sont entre leurs plus secrètespensées, leurs actions, leurs gestes, leurs discours, étudia at-tentivement le roi. En lui pariant de guerre en général ilcrut apercevoir dans Charles XII une aversion naturelle pourla France ; il remarqua qu’il se plaisait à parler des conquêtesdes alliés. II lui prononça le nom du czar, et vit ( M ) queles yeux du roi s’allumaient toujours à ce nom, malgré lamodération de cette conférence; il aperçut de plus sur unetable une carte de Moscovie. Il ne lui en fallut pas davantagepour juger que le véritable dessein du roi de Suède et saseule ambition étaient de détrôner le czar après le roi de