LIVRE IV.
ai
peu de magnificence; et le roi, toujours plus mal logé, plusmal servi, et plus simplement vêtu que le moindre officier deson armée, disait que son palais était le quartier de Piper.L’ambassadeur turc présenta à Charles cent soldats suédoisqui, ayant été pris par des Calmouks, et vendu en Turquie,avaient été rachetés par le grand-seigneur, et que cet empereurenvoyait au roi comme (“) le présent le plus agréable qu’ilpût lui faire; non que la fierté ottomane prétendit rendr<?hom-mage à la gloire de Charles XII, mais parce que (’) te sultan,ennemi naturel des empereurs de Moscovie et d’Allemagne,voulait se fortifier contre eux de l’amitié de la Suède et del’alliance de la Pologne. L’ambassadeur complimenta Stanislassur son avènement: ainsi ce roi fut reconnu en peu de tempspar l’Allemagne, la France, l’Angleterre, l’Espagne, et la Tur-quie: il n’y eut que le pape qui voulut attendre pour le re-connaître que le temps eut affermi sur sa tète cette couronnequ’une disgrâce pouvait faire tomber.
A peine Charles eut-il donné audience à l’ambassadeurde la Porte ottomane qu’il courut chercher les Moscovites.Les troupes du czar étaient sorties de Pologne, et y étaientrentrées plus de vingt fois pendant le cours de la guerre: cepays, ouvert de toutes parts, n’ayant point de places fortes quicoupent la retraite d’une armée, laissait aux Eusses la libertéde reparaître souvent au même endroit où ils avaient été bat-tus, et même de pénétrer dans le pays aussi avant que levainqueur. Pendant le séjour de Charles en Saxe le czars’était avancé jusqu’à Léopold, à l’extrémité méridionale dela Pologne: il était alors vers le nord, à Grodno en Lithuanie,à cent lieues de Léopold.
Charles laissa en Pologne Stanislas, qui, assisté de dixmille Suédois et de ses nouveaux sujets, avait à conserver sonnouveau royaume contre les ennemis étrangers et domestiques :pour lui il se mit à la tête de sa cavalerie, et marcha versGrodno au milieu des glaces, au mois de janvier 1708.
Il avait déjà passé le Niemen à deux lieues de la ville, etle czar ne savait encore rien de sa marche. A la premièrenouvelle que les Suédois arrivent, le czar sort par la porte dunord, et Charles entre par celle qui est au midi. Le roi n’avaitavec lui (pie six cents gardes; le veste n’avait pu le suivre.Le czar fuyait avec plus de deux mille hommes, dans l’opinionque toute une armée entrait dans Grodno. Il apprend le jourmême par un transfuge polonais qu’il n’a quitte la place qu’àsix cents hommes, et que le gros de l’armée ennemie étaitencore éloigné de plus de cinq lieues: il ne perd point de
CHAULES XII. 0