LIVRE IV.
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il y fait jeter un pont, passe sur le ventre à un corps detrois mille hommes qui défendait ce poste, et marche à l’ar-mée ennemie sans s’arrêter. Les Russes ne l’attendirent pas ;ils décampèrent, et se retirèrent vers le Borysthène, gâtanttous les chemins, et détruisant tout sur leur route pour re-tarder au moins les Suédois.
Charles surmonta tous les obstacles, avançant toujoursvers le Borysthène. Il rencontra sur son chemin vingt milleMoscovites retranchés dans un lieu nommé flollosin, derrièreun marais, auquel on ne pouvait aborder qu’en passant unerivière. Charles n’attendit pas pour les attaquer que le restede son infanterie fût arrivé ; il se jette dans l’eau à la tête deses gardes à pied; il traverse la rivière et le marais ayantsouvent de l’eau au-dessus des épaules. Pendant qu’il allaitainsi aux ennemis, il avait ordonné à sa cavalerie de faire letour du marais pour prendre les ennemis en flanc. Les Mos-covites, étonnés qu’aucune barrière ne pût les défendre, furentenfoncés en même temps par le roi, qui les attaquait à pied,et par la cavalerie suédoise.
Cette cavalerie s’étant fait jour h travers les ennemis,joignit le roi au milieu du combat; alors il monta à cheval:mais quelque temps après il trouva dans la mêlée un jeunegentilhomme suédois nommé Gyllenstiern, qu’il aimait beau-coup, blessé et hors d’état de marcher; il le força à prendreson cheval, et continua de commander à pied à la tête de soninfanterie. De toutes les batailles qu’il avait données celle-ciétait peut-être la plus glorieuse, celle où il avait essuyé lesplus grands dangers, et où il avait montré le plus d’habileté:on en conserva la mémoire par une médaille où on lisait d’uncôté: Silvac, paludes, aygeres, hosies victi ( 5 ) ; et de l’autre cevers de Lucain: Victrices copias alium lalurus in orbcm (°).
Les Russes, chassés par-tout, repassèrent (’) le Borysthène,qui sépare la Pologne de leur pays. Charles ne tarda (’) pasà les poursuivre; il passa ce grand fleuve après eux à Mohi-lou, dernière ville de la Pologne, qui appartient tantôt auxPolonais, tantôt aux czars; destinée commune aux placesfrontières.
Le czar, qui vit alors son empire, où il venait de fairenaître les arts et le commerce, en proie à une guerre capablede renverser dans peu tous ses grands desseins, et peut-êtreson trône, songea à parler de paix: il fit hasarder quelquespropositions par un gentilhomme polonais qui vint h l’arméede Suède. Charles XII, accoutumé à n’accorder la paix h sesennemis que dans leurs capitales, répondit: „Je traiterai avec