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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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HISTOIRE DE CHARLES XII.

comme il faut servir son souverain. 1 * Alors prenant nn verre devin: ,,A la santé, dit-il, de mes maîtres dans l'art de la guerre.“Renschild lui demanda qui étaient ceux qu’il honorait d’un sibeau titre. ,,Vous, messieurs les généraux suédois,“ reprit leczar. „Votre majesté est donc bien ingrate, reprit le comte,d’avoir tant maltraité ses maîtres!" Le czar, après le repas,fit rendre les épées à tous les officiers-généraux, et les traitacomme un prince qui voulait donner à ses sujets des leçonsde générosité et de la politesse qu’il connaissait. Mais cemême prince qui traita si bien les généraux suédois, fit rouertous les Cosaques qui tombèrent dans ses mains.

Cependant cette armée suédoise, sortie de la Saxe sitriomphante, n’était plus; la moitié avait péri ( 2S ) de misère,l’autre moitié était esclave ou massacrée. Charles XII avaitperdu en un jour le fruit de neuf ans de travaux, et de prèsde cent combats : il fuyait dans une méchante calèche, ayant àson côté le major-général Hord, blessé dangereusement; lereste de sa troupe suivait, les uns à pied, les autres a cheval,quelques uns dans des charrettes, à travers un désert où ilsne voyaient ni huttes, ni tentes, ni hommes, ni animaux, nichemins; tout y manquait jusqn’à l’eau même. C’était dansle commencement de juillet. Le pays situé au quarante-sep-tième degré; le sable aride du désert rendait la chaleur dusoleil plus insupportable; les chevaux tombaient; les hommesétaient près de mourir de soif. Un ruisseau d’eau bourbeusefut l’unique ressource qu’on trouva vers la nuit; on remplitdes outres de cette eau, qui sauva la vie à la petite troupedu roi de Suède. Après cinq jours de marche il se trouvasur le rivage du fleuve Hippanis, aujourd’hui nommé le Boghpar les barbares, qui ont défiguré jusqu’au nom de ces pays,que des colonies grecques firent fleurir autrefois. Ce fleuve sejoint à quelques milles de là au Borysthène, et tombe aveclui dans la mer Noire.

Au-delà du Bogh, dn côté du midi, est la petite villed’Oczakou, frontière de l’empire des Turcs. Les habitans,voyant venir à eux une troupe de gens de guerre dont l’habil-lement et le langage leur étaient inconnus, refusèrent de lespasser à Oczakou sans un ordre de Mehemet bacha, gouver-neur de la ville. Le roi envoya un exprès à ce gouverneur

S our lui demander le passage; ce Turc, incertain de ce qu’ilevait faire, dans un pays où une fausse démarche coûte sou-vent la vie, n’osa rien prendre sur lui sans avoir auparavantla permission du séraskier de la province, qui réside à Benderdans la Bessarabie. Pendant qu’on attendait cette permission,