LIVRE IV.
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frontières île l’empire chinois. Dans ce pays barbare, où l’usageiln pain n'était pas même connu, les Suédois, devenus ( 2t ) in-génieux par le besoin, y exercèrent les métiers et les artsdont ils pouvaient avoir quelque teinture. Alors tontes lesdistinctions que la fortune met entre les hommes furent ban-nies: l’officier qui ne put exercer aucun métier fut réduit àfendre et a porter le bois du soldat devenu tailleur, drapier,menuisier, ou maçon, ou orfèvre, et qui gagnait de quoi sub-sister. Quelques officiers devinrent peintres, d’autres archi-tectes : il y en eut qui enseignèrent les langues, les mathéma-tiques ; ils y établirent même des écoles publiques, qui avecle temps devinrent si utiles et si connues qu’on y envoyait desenfans de Moscou.
Le comte Piper, premier ministre du roi de Suède, futlong-temps enfermé à Pétersbourg. Le czar était persuadé,comme le reste de l’Europe, que ce ministre avait vendu sonmaître au duc de Marlborough, et avait attiré sur la Mosco-vie les armes de la Suède qui auraient pn pacifier l’Europe:il lui rendit sa captivité plus dure. Ce ministre mourut quel-ques années après en Moscovie, peu secouru par sa famillequi vivait à Stockholm dans l’opulence, et plaint inutilementpar son roi, qui ne voulut jamais s’abaisser à offrir pour sonministre une rançon qu’il craignait que le czar n’acceptât pas ;car il n’y eut jamais de cartel d’échange entre Charles etle czar.
L'empereur moscovite, pénétré d’nne joie qu’il ne se met-tait pas en peine de dissimuler, recevait sur le champ de ba-taille les prisonniers qu’on lui amenait en foule, et demandaita tout moment: Où est donc mon frère Charles?
Il fit aux généraux suédois l’honneur de les inviter h satable. Entre autres questions qu’il leur fit il demanda au gé-néral Renschild à combien les troupes du roi son maître pou-vaient monter avant la bataille. Renschild répondit que le roiseul en avait la liste, qu’il ne communiquait à personne; maisque pour lui il pensait que le tout pouvait aller à environtrente mille hommes; savoir dix-huit mille Suédois, et le resteCosaques. Le czar parut surpris, et demanda comment ilsavaient pu hasarder de pénétrer dans un pays si reculé, etd’assiéger Pultava avec ce peu de monde. Nous n’avons pastoujours été consultés, reprit le général suédois; mais, commefidèles serviteurs, nous avons obéi aux ordres de notre maître,sans jamais y contredire. Le czar se tourna à cette réponsevers quelques uns de ses courtisans autrefois soupçonnés d avoirtrempé dans des conspirations contre lui: „Ahf dit-il, voilà