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Histoire de Charles XII, roi de Suède : avec des notes grammaticales et un vocabulaire suffisant ; à l'usage des écoles / par Voltaire
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LIVRE V.

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«ne sécurité profonde, sans craindre ni pour leurs vies, nipour leurs fortunes, ni pour leur liberté.

Tel était l’empereur des Turcs chez qui (*) 1« roi deSuède vint chercher un asile. Il lui écrivit dès qu’il fut surses terres; sa lettre est du 13 juillet 1709: il en courut plu-sieurs copies différentes, qui toutes passent aujourd'hui pouiinfidèles; mais de toutes celles que j ai vues il n'en est aucunequi ne marquât de la hauteur, et qui ne fût plus conformeà son courage qu'à sa situation. Le sultan ne lui fit réponseque vers la fin de septembre: la fierté de la Porte ottomanefit sentir à Charles XII la différence qu’elle mettait entre l’em-pereur turc et un roi d’une partie de la Scandinavie, chrétien,vaincu, et fugitif. Au reste toutes ces lettres, que les roisécrivent très rarement eux-mêmes, ne sont que de vaines for-malités qui ne font connaître ni le caractère des souverains nileurs affaires.

Charles XII, en Turquie, n’était en effet qu’un captif ho-norablement traité. Cependant il concevait le dessein d’armerl’empire ottoman contre ses ennemis; il se flattait de ramenerla Pologne sous le joug, et de soumettre la Russie: il avaitun envoyé à Constantinople; mais celui qui le servit le plusdans ses vastes projets fut le comte Poniatowski, lequel allaà Constantinople sans mission, et se rendit bientôt nécessaireau roi, agréable à la Porte, et enfin dangereux aux grands-visirs mêmes.

Un de ceux qui secondèrent plus adroitement ses desseinsfut le médecin Fonseca, Portuga^ Juif établi à Constantinople,homme savant et délié, capable d affaires, et le seul philosophepeut-être de sa nation: sa profession lui procurait des entréesa la Porte ottomane, et souvent la confiance des visirs. Jel’ai fort connu à Paris, il m’a confirmé toutes les particulari-tés que je vais raconter. Le comte Poniatowski m’a dit lui-même et m’a écrit qu’il avait eu l’adresse de faire tenir deslettres à la sultane validé, mère de l’empereur régnant, autre-fois maltraitée par son fils, mais qui commençait h prendredu crédit dans le sérail. Une Juive, qui approchait souventde cette princesse, ne cessait de lui raconter les exploits duroi de Suède, et la charmait par ses récits. La sultane, parune secrète inclination dont presque toutes les femmes sesentent surprises en faveur des hommes extraordinaires, mêmesans les avoir vus, prenait hautement dans le sérail le partide ce prince; elle ne l’appelait que son lion. „Qnand voulez-vous donc, disait-elle quelquefois an sultan son fils, aider monlion à deviner ce czar?“ Elle passa même par-dessus les lois