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HISTOIRE DE CHARLES XII.
austères <lu sérail, an point d’écrire de sa main plusieurs lettresail comte Poniatowski, entre les mains duquel elles sont en-core au temps qu’on écrit cette histoire.
Cependant on avait conduit le roi avec honneur à Bender,par le désert qui s’appelait autrefois la solitude des Gêtes.Les Turcs eurent soin que rien ne manquât sur sa routede tout ce qui pouvait rendre son voyage plus agréable:beaucoup de Polonais, de Suédois, de Cosaques, échappés lesuns apres les autres des mains des Moseovites, venaient parditFérens chemins grossir sa suite sur la route: il avait aveclui dix-huit cents hommes quand il se trouva à Bender; toutce monde était nourri, logé, eux et leurs chevaux, aux dépensdu grand-seigneur.
Le roi voulut camper auprès de Bender, au lieu de demeu-rer dans la ville. Le séraskier Jussnf, hacha, lui fit dresserune tente magnifique, et on en fournit à tous les seigneurs desa suite: quelque temps après le juin ce se fit bâtir une maisondans cet endroit; ses officiers en firent autant à son exemple;les soldats dressèrent des baraques: de sorte que ce camp de- )vint insensiblement une petite ville. Le roi n’étant point en- !core guéri de sa blessure, il fallut lui tirer du pied un os tcarié; mais dès qu’il put monter à cheval il reprit ses fatiguesordinaires, toujours se levant avant le soleil, lassant troischevaux par jour, faisant faire l’exercice à ses soldats. Pourtout amusement il jouait quelquefois aux échecs. Si les petiteschoses peignent les hommes, il est permis de rapporter qu’il ■faisait toujours marcher le roi h ce jeu; il s’en servait plus ,que des autres pièces, et par-là il perdait toutes les parties. r
Il so trouvait à Bender dans une abondance de touteschoses, bien rare pour un prince vaincu et fugitif; car outreles provisions plus que suffisantes, et les cinq cents écus parjour qu’il recevait de la magnicence ottomane, il tirait encorede l’argent de la France, et il empruntait des marchands deConstantinople. Une partie de cet argent servit à ménagerdes intrigues dans le sérail, à acheter la faveur des visirs, ouà procurer leur perte: il répandait l’autre partie avec profil- ;sion paimi ses officiers et les janissaires qui lui servaient degardes à Bender. Grothusen, son favori et trésorier, étaitle dispensateur de ses libéralités; c’était un homme qui,contre l’usage de ceux qui sont en cette place, aimait au-tant (^) à donner que son maître. II lui apporta un jourun compte île soixante mille écus en deux lignes: Dix milleécus donnés aux Suédois et aux janissaires par les ordres gé-néreux de sa majesté, et le reste mangé par moi. „Yoilà